Prix Goncourt 2016, le roman de Leïla Slimani «Chanson douce» a été adapté sur grand écran en 2019, avec Karin Viard dans le rôle de la nounou. Une histoire tragique diffusée ce soir sur Canal+ dès 21h05, qui s'inspire d'un fait divers sordide ayant fait grand bruit outre-Atlantique.
Dans ce drame qui oscille entre thriller psychologique et chronique sociale, l'actrice Karin Viard prête donc ses traits à Louise, nounou de deux enfants de prime abord dévouée et expérimentée. Au fur et à mesure qu’une relation de confiance se noue avec la mère (Leïla Bekhti) et le père (Antoine Reinartz), cette femme dévoile sa part de monstruosité.
«(Elle) exerce un métier déconsidéré, alors que paradoxalement les parents lui confient ce qu’ils ont de plus cher. Elle se sent totalement exclue et dévalorisée malgré une vie passée à trimer. Ces humiliations successives peuvent amener à beaucoup de violence», expliquait la comédienne lors de la sortie du film il y a près d'un an.
Cette violence, une famille aisée de l'Upper West Side à Manhattan en a été réellement la victime en 2012. La nounou Yoselyn Ortega, 50 ans à l’époque, tue à coups de couteau les deux enfants, Lucia (6 ans) et Leo (2 ans), dont elle s’occupe depuis plus de deux ans. Au moment des faits, le père Kevin Krim est absent. Marina, la maman, est quant à elle sortie avec le troisième enfant de la fratrie pour se rendre à un centre de danse. Quand elle rentre à son domicile, cette dernière découvre avec effroi les corps sans vie de sa fille et de son fils dans la salle de bain. Yoselyn Ortega a de son côté tenté de se suicider en se tranchant la gorge, mais survit.
En 2018, la nounou d'origine dominicaine, qui selon ses voisins vivait dans des conditions misérables, est condamnée à la prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle. On ne saura jamais quel fut le véritable mobile des meurtres. La folie a été un temps évoquée par la justice. Pourtant, cette nounou donnait l'impression d'être équilibrée et d'entretenir de bonnes relations avec la famille, allant même jusqu’à partir en vacances avec eux.
Au moment de l’écriture de son ouvrage, la romancière Leïla Slimani a également repensé à un autre fait divers qui s'est aussi déroulé aux Etats-Unis. En 1997, Louise Woodward, jeune fille au pair, avait été jugée pour avoir secoué le bébé de la famille. L’avocat de la jeune fille avait expliqué que la mère était en partie responsable puisqu'elle n'était jamais présente au sein du foyer.
Deux histoires macabres qui sont à l'origine du roman et du long-métrage, lesquels abordent les relations complexes entre les parents et ces «inconnus» qui gardent leur progéniture. Ils évoquent également la lutte des classes, le quotidien des mères qui doivent gérer famille et travail, ainsi que la misère sociale.
![La comédienne livre une performance remarquable dans ce drame sur un double infanticide. [© Anne-Christine POUJOULAT / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_14w9ov_5ddd42bfc5588.jpg?itok=MPNValtr)