Selon un rapport de l'Institut Louis Joinet (IFDJ) publié samedi 20 juin, entre 700 et 1.500 élèves auraient été victimes de violences dans l'établissement Notre-Dame-De-Bétharram.
«Crimes de masse», «sadisme» ou encore «torture» : entre 700 et 1.500 élèves ont potentiellement été victimes «de violences d'une exceptionnelle gravité» à Notre-Dame-De-Bétharram et dans d'autres établissements de la congrégation religieuse, selon le rapport d'une ONG spécialisée dévoilé samedi 20 juin.
Cet «ordre de grandeur», tiré de plusieurs projections statistiques «à interpréter avec une extrême prudence», témoigne de décennies de «violences systémiques» et «institutionnelles», de 1950 à 2000, estime l'Institut Louis Joinet (IFDJ), qui a enquêté plus d'un an à la demande de la congrégation mise en cause.
Piqûres d'eau, abus sexuels, gifles, enfants dénudés près d'un cours d'eau gelé: un «système institutionnel de violences (...) bien rôdé» a perduré via des «mécanismes de silenciation» des élèves, «fondés sur la peur, la honte et la domination», insistent les enquêteurs. Les alertes «dispersées» et «fragmentées» de victimes ou de leurs proches avaient été perçues à l'époque comme «peu crédibles» face à «la réputation de l'établissement».
des «crimes de masse»
L'identification de 37 auteurs, religieux et laïcs, écarte la thèse d'une «addition d'actes individuels» et se rapproche plus de l'organisation de «crimes de masse», ajoute l'Institut Louis Joinet (IFDJ) spécialisé dans la justice transitionnelle en zone de conflit.
Dans ces murs se sont déroulées des violences d'une exceptionnelle gravité, que l'on peut assimiler à du «sadisme et de la torture», affirme Jean-Pierre Massias, juriste qui a dirigé la commission d'enquête avec plusieurs anciens magistrats, juristes et psychologues.
La piste d'une «prétendue tolérance de l'époque» à la violence, au sein de cet établissement privé, longtemps prisé dans le Sud-Ouest pour sa réputation autoritaire marquée par «la valorisation de la dureté», doit être également rejetée, affirment les auteurs de l'étude, après avoir interrogé près de 140 anciens élèves et acteurs de la congrégation, qui gérait plusieurs écoles, collèges et lycées en France et en Afrique.
l'importance d'écouter les enfants
Pour la «reconstruction» des victimes, dont les violences font «l'effet» d'une bombe à fragmentation» durant «toute leur vie», la commission préconise «l'organisation d'un tribunal citoyen», alors que l'essentiel des abus dénoncés dans près de 250 plaintes sont prescrits, en raison de l'ancienneté des faits. Seuls deux hommes, un laïc et un religieux, ont été mis en examen.
L'IFJD soutient aussi la création «d'un mécanisme de réparation financière», en parallèle aux 1,4 million d'euros d'indemnisation versés par la congrégation à 48 victimes à ce jour.
L'affaire Bétharram, «rendue possible par une succession de renoncements, d'aveuglements, de silences et de défaillances», «n'est pas une anomalie», ajoutent les auteurs. Dévoilée en 2023 par des témoignages d'anciens élèves publiés sur Facebook, elle «montre que la protection des enfants ne peut reposer sur le courage exceptionnel de quelques lanceurs d'alerte», conclut le rapport, qui implore la société «d'écouter» les enfants «lorsque leur parole trouble l'ordre établi».
Lors de la remise du rapport, Gustavo Eduardo Agin, supérieur général des frères de Bétharram, a demandé «pardon à toutes les victimes, ainsi qu'à l'Eglise et à la société toute entière au nom de toute la congrégation» et a condamné «ces événements avec la plus grande fermeté».