Gilets jaunes, Jacqueline Sauvage, abattoirs... Ces pétitions qui ont fait bouger les lignes

Des manifestants défendent une pétition pour sauver le régime d'auto-entrepreneurs, en février 2014, à Paris. Des manifestants défendent une pétition pour sauver le régime d'auto-entrepreneurs, en février 2014, à Paris. [© THOMAS SAMSON / AFP]

La politique à l'ère du clic. Si elles n'ont certes pas renversé l'ordre des choses, plusieurs pétitions diffusées en ligne ces dernières années ont connu un franc succès. Au point de faire évoluer les législations, ou tout au moins le débat et les consciences.

Pour une baisse des prix du carburant à la pompe

C'est l'exemple le plus récent, la pétition qui a fait naître, ou largement contribué à faire naître le mouvement des gilets jaunes. Intitulé «Pour une Baisse des Prix du Carburant à la Pompe!», le texte avait été mis en ligne en avril dernier par Priscillia Ludosky, 32 ans, habitante de Seine-et-Marine et porte-parole improvisée du mouvement, mais n'a connu un franc succès sur les réseaux sociaux qu'à partir de mi-octobre, servant de terreau fertile à la mobilisation des gilets jaunes. Elle est à ce jour signée par plus de 1.170.000 personnes.

A tel point que le 20 décembre, Emmanuel Macron a tenu à répondre en personne aux pétitionnaires directement sur change.org : «Chère Madame, chers tous. Vous avez subi de plein fouet la hausse des prix du carburant, et avez décidé de réagir en signant cette pétition. Votre message, je l'ai entendu. Je vous réponds directement : vous avez raison.» Quelques jours auparavant, il avait détaillé une série de mesures en faveur du pouvoir d'achat (prime exceptionnelle, heures supplémentaires défiscalisées, prime d'activité...), jugées insuffisantes par les gilets jaunes. Priscillia Ludosky a d'ailleurs répondu au chef de l'Etat.

Climat : stop à l'inaction, demandons justice

Lancée le 17 décembre par les associations Greenpeace, Oxfam, la FNH et Notre affaire à tous, la pétition en ligne pour soutenir un recours en justice contre l'Etat français pour inaction climatique avait déjà recueilli ce mercredi plus de 1,7 million de signatures – du jamais vu en France. Disponible sur le site laffairedusiecle.net, elle vise les deux millions de cachets.

Les ONG ont adressé une requête préalable au gouvernement, qui a deux mois pour répondre. Elles prévoient dans un second temps, en mars probablement, d'introduire un recours juridique devant le tribunal administratif de Paris, une première à l'échelle française.

La réponse du ministre de l'Environnement, François de Rugy, ne s'est pas faite attendre. Dans une interview au Parisien, s'il s'est dit «agréablement surpris» par le succès de l'initiative, il a estimé que «ce n'est pas à des juges de forcer le gouvernement à prendre une loi».

Aux Pays-Bas, toutefois, un tribunal, saisi par l'ONG Urgenda au nom de 900 citoyens, a ordonné en 2015 à l'Etat de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 25 % d'ici à 2020. Le jugement a été confirmé en appel en octobre.

Pour une grâce présidentielle de Jacqueline Sauvage

Créée en décembre 2015, la pétition pour libérer Jacqueline Sauvage avait recueilli plus de 430.000 signatures. La femme de 68 ans avait été condamnée en appel à dix ans de prison pour avoir tué son mari à coups de fusil. Lors de son procès, elle avait expliqué son geste par les dizaines d'années de violences et de viols perpétrés par cet homme sur elle et ses enfants. Le succès de la pétition avait alors poussé le chef de l'Etat, François Hollande, également confronté à la pression populaire de la rue, à accorder l'amnistie à Jacqueline Sauvage.

Dans la même veine, la comédienne Muriel Robin, qui a d'ailleurs incarné la femme battue dans un téléfilm de TF1, a récemment déposé une pétition sur le site change.org intitulée Sauvons celles qui sont encore vivantes, destinée à lutter contre les violences conjugales. Plus de 710.000 personnes ont déjà signé. Une première dans l'histoire de la Ve République : même le Premier ministre, Edouard Philippe, a créé son compte sur la plateforme et répondu à la comédienne. Un acte de bonne foi qui ne change pas la législation, mais qui a le mérite de relancer le débat.

Halte à la destruction des fonds marins par le chalutage profond

En novembre 2013, l'ONG française Bloom lançait une pétition sur le site Avaaz.org avec l'objectif de faire interdire le chalutage profond, technique de pêche qui consiste à racler les fonds marins et considérée par beaucoup comme «la plus destructrice de l'histoire». Plus de 900.000 internautes avaient alors apporté leur soutien. Mais il faudra attendre juin 2016 – trois ans après – pour que les institutions européennes décident de valider l'interdiction du chalutage profond.

La nationalité française pour Lassana Bathily

Il était devenu le «héros» de l'attentat contre l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le 9 janvier 2015, après avoir caché une dizaine de personnes dans la chambre froide du supermarché. Lancée par le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) deux jours après l'attaque, une pétition appelant à la naturalisation de Lassana Bathily avait rassemblé plus de 460.000 soutiens au total. Face à l'engouement populaire, l'Elysée avait alors décidé d'accorder la nationalité française au jeune Malien de 24 ans. Il l'avait officiellement obtenu le 20 janvier 2015.

pour mieux lutter contre le gaspillage alimentaire

Ce sujet fait régulièrement l'objet de diverses pétitions en ligne. L'application Too Good to go, consacrée à la lutte contre le gaspillage alimentaire, a notamment lancé en octobre une pétition en ligne sur change.org, déjà signée par plus de 60.000 internautes. L'objectif ? Notamment que les dates limites de consommation soient mieux visibles sur les produits, afin d'éviter qu'ils soient jetés alors même qu'ils ne sont pas encore périmés.

En avril 2015, c'était Arash Derembarsh, conseiller municipal LR de Courbevoie (Hauts-de-Seine), qui avait créé une pétition similaire, contre le gaspillage alimentaire de masse. Avec un succès bien plus franc : près de 1.500.000 personnes l'avaient signée, soit l'objectif anticipé.

Conséquence directe ou non de cette succession de pamphlets sur le sujet, l'Etat s'était emparé de la question et en 2016, une loi avait été adoptée pour obliger la grande distribution à donner les invendus alimentaires – sous peine de 3.750 euros d'amende.

Les abattoirs dans le viseur

Adeptes des opérations coup de poing sur le terrain et des vidéos chocs postées sur les réseaux sociaux, les militants de la cause animale usent également de pétitions en ligne pour faire entendre leurs revendications. A l'image de l'association L214, qui appelle régulièrement les pouvoirs publics à agir pour améliorer les conditions de mise à mort des animaux dans les abattoirs.

Si des élevages sont parfois fermés par les autorités, ou des commissions d'enquête parlementaires parfois instaurées pour examiner la question (comme en mars 2016), elles ne débouchent en général sur aucune véritable mesure d'ampleur. A noter par exemple que l'obligation de vidéosurveillance dans les abattoirs, réclamée de longue date par les associations et certains élus, a été exclue du projet de loi Alimentation et agriculture.

MAIS aussi...

En février 2018, une pétition lancée contre les «frotteurs» dans le métro, signée par 60.000 internautes, a poussé les pouvoirs publics – en l'occurrence la présidente de la région parisienne, Valérie Pécresse – à créer une campagne anti-harcèlement dans le métro dès le mois de mars.

Dans la même lignée, durant l'été 2017, c'est une pétition en ligne contre les violences faites aux femmes, signée par près de 100.000 personnes, qui a influencé le débat politique en incitant les parlementaires à déposer puis à faire voter un amendement qui rend inéligible les auteurs d'infractions sexuelles ou de harcèlement.

En juillet 2017, une pétition a appelé à interdire la vente de médicaments codéinés en accès libre. Elle avait été déposée par une mère dont la fille était décédée après en avoir avalés. Résultat, le gouvernement a signé dans la foulée un arrêté plaçant tous les médicaments contenant de la codéine (et consorts) sur la liste des produits délivrés uniquement sur ordonnance médicale.

Egalement en juillet 2017, une pétition demandant à ce que Simone Veil rejoigne le Panthéon fait mouche, et Emmanuel Macron accepte de faire entrer la rescapée des camps d'extermination nazis dans ce haut lieu républicain de la mémoire collective.

En juin 2016, une pétition réclamant une sensibilisation à l'excision sur les bancs de l'école a été entendue, et les programmes scolaires ont été actualisés par la ministre de l'époque, Najat Vallaud-Belkacem.

Et la liste continue.

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