La semaine de Philippe Labro : des larmes aux Invalides, le sourire sur la Croisette

Gravité et sublime de la cérémonie en l’honneur des deux héros, les premiers maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello. Gravité et sublime de la cérémonie en l’honneur des deux héros, les premiers maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello. [Christophe PETIT TESSON / POOL / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

La gravité et le sublime. La légèreté et le grotesque. Il faut tout et son contraire pour faire une semaine.

MARDI 14 MAI

Gravité et sublime de la cérémonie en l’honneur des deux héros, les premiers maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello. «Les larmes coulent», dit une Bisontine, interrogée sur le pont Alexandre-III, à Paris, venue exprès de sa ville natale pour saluer le passage des convois funéraires. Les larmes des familles, bouleversantes, et l’impression, en scrutant son visage, que le président de la République retient les siennes.

Dans cette cour d’honneur des Invalides, lieu emblématique de nos deuils nationaux, l’agencement des silences et des sonorités évoque pres­que une symphonie. Les roulements de tambour, les pas comptés des commandos qui portent les deux cercueils, les chants «entre terre et mer», les binious du bagad de Lann-Bihoué, la voix du président disant un texte en tous points irréprochable, tout cela, restitué sur un écran géant, diffusé en direct sur plusieurs chaînes, aura contribué à ce que les Françaises et les Français redécouvrent, s’ils l’avaient oubliée, la place prépondérante des forces armées, la qualité humaine de soldats conscients qu’ils mettent leur vie au service des autres, de nous tous.

On a beaucoup appris sur ces hommes, beaux et forts, venus de partout pour accéder au prestigieux commando Hubert – une élite comme il en existe peu au monde et qui, déjà, avaient accompli des exploits restés anonymes. On a mieux saisi, dans la solennité et la beauté de l’événement, l’importance du geste militaire, le don de soi. «Une vie donnée n’est pas une vie perdue», a dit Emmanuel Macron.

MERCREDI 15 MAI

Il y a juste un mois, Notre-Dame était en feu. Nous n’en avons pas fini avec cet autre événement, sans doute plus chargé d’universalité, qui, là encore, a soudé tout un pays. Les enquêtes sur l’origine de l’incendie sont loin d’être terminées. Quant aux débats autour de la reconstruction de la cathédrale, entre conservatisme et modernité – avec cette flèche qui fait tant parler –, ils ne cesseront pas. On ne fera jamais l’unanimité sur les choix. Les Français ne sont pas habitués à se mettre d’accord tous ensemble sur quoi que ce soit. Encore peut-on souhaiter que le dossier Notre-Dame soit traité, au fil des ans, avec la même rigueur que celle qu’on a pu observer dans la cour d’honneur des Invalides – le même souci d’excellence dans l’organisation.

Ainsi donc, la 72e édition du Festival de Cannes a débuté hier, avec une sélection officielle de poids, un jury habilement composé, d’innombrables propositions d’histoires, d’images et de talents inconnus. Pour moi, qui ai si souvent assisté à cet événement et fait partie du jury en 2001, je sais qu’il y a toujours quelques surprises au cours de cette quinzaine, plusieurs controverses. Mais si c’est pour le maintien de la bonne santé du 7e art, si c’est nécessaire, alors, allons-y !

Et saluons le talent du présentateur, Edouard Baer. Il est difficile de définir un tel personnage : comédien, certes, mais également auteur, écrivain. Il a, une fois encore, pour la cérémonie d’ouverture, démontré ce que l’on peut appeler «l’esprit français». Il possède cette légèreté qui est tout sauf légère. Jamais vulgaire. Ce qui n’est pas vulgaire, mais grotesque, c’est ce que Thierry Frémaux a justement qualifié de «police morale», à propos d’une pétition d’origine américaine contre l’hommage qui sera rendu à Alain Delon. Cette «police» agit désormais dans tous les secteurs, à toute occasion. Dans un édito récent de L’Express, Anne Rosencher nous apprend qu’une universitaire britannique voulait faire interdire La Belle au bois dormant, car le baiser du prince charmant à la princesse endormie n’était pas consenti. C’était, selon la bien-pensante British, l’équivalent d’une «agression sexuelle». Grotesque, vous dis-je, grotesque !

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