LREM, RN, EELV... Quels enjeux pour les municipales de 2020 ?

La mairie de Paris devrait notamment faire l'objet d'une lutte acharnée entre les partis. La mairie de Paris devrait notamment faire l'objet d'une lutte acharnée entre les partis. [© JOEL SAGET / AFP]

Les européennes derrière eux, les partis politiques préparent le prochain match : les municipales de mars 2020. Si chacun espère capitaliser sur les succès ou les déceptions de dimanche dernier, tout reste encore à faire.

Car ce n'est pas une surprise : les résultats aux européennes se calquent rarement sur ceux des élections nationales, et encore moins des municipales, où l'ancrage local et la personnalité du candidat sont d'une importance encore plus capitale que l'étiquette partisane. Dix mois avant l'échéance, tous les états-majors des partis sont donc déjà sur le pied de guerre, de LREM, en manque d'ancrages locaux, au RN, soucieux de gagner des grandes villes, en passant par LR et le PS, forts de leurs réseaux d'élus existants, ou encore EELV, qui veut réitérer son exploit du scrutin européen.

LREM ou le défi de l'enracinement

Pour le jeune parti présidentiel, arrivé deuxième aux européennes avec 22,4% des voix, l'enjeu numéro 1 sera celui de gagner des ancrages locaux, afin de mieux s'implanter sur le territoire et rester dans le paysage. Sur plus de 36.000 maires, ceux qui portent actuellement les couleurs macronistes – du fait d'un ralliement, comme Lyon, (dirigée par l'ex-socialiste Gérard Collomb) et Pau (tenue par le centriste François Bayrou), ou d'une élection anticipée, comme Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) – se comptent sur les doigts d'une main.

Arrivée en tête, dimanche, dans huit des dix plus grandes villes du pays, dont des bastions de droite comme Neuilly-sur-Seine, LREM devrait d'abord cibler les métropoles, l'électorat urbain et aisé étant majoritairement acquis à sa cause : Marseille, Strasbourg, Lille, Orléans, Bordeaux, Toulouse... Une première salve d'investitures (une trentaine de villes) devrait être annoncée dès la mi-juin, selon Le Parisien, qui cite un stratège LREM : «On part de zéro. Tout élu pris sera une victoire.»

Deux stratégies sont au programme, selon les catégories de villes : d'un côté les fiefs ennemis, où LREM n'aura d'autre choix que de partir seul à la bataille, de l'autre les communes où des alliances avec des maires «Macron-compatibles» sont possibles. Partout, donc, LREM s'évertue à tendre la main à ces derniers. Le patron du mouvement, Stanislas Guérini, a notamment pris la plume pour adresser une lettre de remerciement aux maires qui avaient soutenu la liste Renaissance aux européennes. De son côté, Agir, le parti de centre-droit affilié à Macron, continue d'appeler les édiles LR à rejoindre la majorité présidentielle.

Le RN en quête de métropoles

Au Rassemblement national, arrivé en tête aux européennes dans plusieurs fiefs de droite comme Nice ou Marseille, les ambitions sont plus modestes qu'au soir du 26 mai. Ainsi, pour les municipales, le principal défi que s'est fixé le parti d'extrême droite est de dépasser le nombre de mairies qu'elle dirige actuellement – une dizaine. Une des première villes dans le viseur est Perpignan, convoitée par le député Louis Aliot. Encore faut-il que le RN soit en capacité de présenter suffisamment de cadres et de candidats crédibles, qui tendent à manquer au sein du parti.

La stratégie pour y parvenir ? Peu ou prou la même que LREM : siphonner les voix de LR, qui s'est effondré aux européennes, et créer des alliances avec les maires «Le Pen-compatibles». Un rapprochement des droites baptisé «stratégie du rassemblement» que les cadres du RN savent indispensable s'ils veulent un jour être aux manettes du pays.

LR et le PS en mode survie grâce aux réseaux

Après son échec cuisant aux européennes (8,5%), le défi de LR pour les municipales sera celui de la survie face au bulldozer LREM, qui ne se cache pas de chasser sur ses terres depuis la présidentielle. Et c'est d'abord en clarifiant sa ligne idéologique que le parti pourrait se relancer, à l'heure où le courant identitaire adopté par Laurent Wauquiez ne fait pas l'unanimité.

Depuis quelques jours, une stratégie «apartisane», qui miserait sur la notoriété des élus LR eux-mêmes plutôt que sur l'appareil du parti, semble se dessiner. La présidente de la région parisienne, Valérie Pécresse, a en effet assuré que «la plupart des maires de droite ne vont pas demander l'investiture des Républicains» pour 2020, tandis que le président du Sénat, Gérard Larcher, veut lancer une «démarche au travers des territoires [...] en dehors des partis, pas contre les partis» pour «reconstruire un projet qui rassemble la droite et le centre».

De son côté, le PS allié à Place publique espère, comme la droite, faire jouer ses réseaux d'élus pour conserver la direction de centaines de mairies, dont plusieurs métropoles. S'il a confirmé être «en contact» avec ses homologues d'EELV, David Cormand, et du PCF, Fabien Roussel, le patron du PS, Olivier Faure, a d'ores et déjà exclu toute alliance avec LREM, préférant avoir «à cœur de rassembler la gauche européenne, sociale et écologiste», majoritaire selon lui. Et il veut croire en sa bonne étoile, car «la force centrale dans les territoires, ça reste les socialistes, donc il faudra bien sûr discuter entre nous». Mais, après le raz-de-marée de LREM aux législatives de 2017, la perspective d'une vague rose apparaît de moins en moins crédible.

EELV ou l'ambition d'une écologie politique

Troisième force du scrutin européen (13,5%), EELV pourrait bien faire basculer les municipales, notamment en capitalisant sur sa percée dans des grandes villes comme Rennes, Nantes ou Montpellier. Va-t-il faire monter les enchères avec les élus existants, comme à Paris avec son actuelle alliée Anne Hidalgo, se laisser séduire par LREM, qui a également fait de gros scores dans les bastions à tendance écolo, ou bien faire cavalier seul en tentant de doubler les maires sortants ? S'il a exclu toute alliance avec LREM, le patron du parti, David Cormand, ne veut pour l'instant se fermer aucune porte. Car pour «gagner les prochaines élections», il faut le «dépassement d'EELV» vers «un grand mouvement de l'écologie politique».

Mais avec qui les Verts voudront-t-ils bien s'allier ? Là est la question. Le PS, une formation en pente descendante depuis le quinquennat Hollande, et à la conversion écologiste toute récente ? Génération.s, à la ligne comparable mais dont le fondateur Benoît Hamon va «se mettre en retrait» ? Le PCF, historiquement pro-nucléaire et productiviste, dont les lignes commencent seulement à bouger ? Réponse dans dix petits mois.

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