La colère noire des policiers

Les sirènes vont retentir. A l’appel de tous les syndicats du secteur, les policiers s’apprêtent à défiler ce mercredi 2 octobre à Paris pour une «marche de la colère».

Une mobilisation rare qui vise à alerter l’opinion publique sur le manque chronique de moyens alloués à l’institution, mais surtout à mettre la pression sur un Etat accusé de rester sourd à la détresse des hommes en bleu. Frappés depuis des mois par une vague de suicides, épuisés par leurs interventions hebdomadaires face aux gilets jaunes, ou encore accusés de violences sur le terrain, ils décident aujourd’hui de dégainer leurs revendications directement dans la rue.

Une usure générale

Tous corps et tous grades confondus ont répondu présent à l’invitation, laissant espérer une mobilisation exceptionnelle d’au moins 15 000 manifestants – ce qui serait inédit depuis 2001. «Il y a un ras-le-bol profond. Tous les syndicats ont conscience que la police est malade», explique le secrétaire général du syndicat des commissaires, David Le Bars.

Au cœur de leurs exigences ? «L’amélioration de la qualité de vie au travail» d’un côté, et «une réponse pénale réelle, efficace et dissuasive» de l’autre. Les forces de l’ordre se plaignent en effet de conditions d’exercice toujours plus dures, ce qui va des locaux vétustes au matériel défectueux, en passant par les retards de salaires et les répercussions familiales. «Quelque part, nous sommes des sous-citoyens», confiait récemment à France Inter une policière en région parisienne.

A ce manque de moyens s’ajoute une recrudescence des violences à leur égard. En moyenne, chaque jour, policiers, gendarmes et pompiers sont ainsi la cible de 110 agressions (insultes, coups, jets d’objets...). Sans compter les affrontements musclés avec des gilets jaunes ou des «black blocs». Dans un autre registre, les accusations en série de violences policières, avec l’affaire Steve de Nantes en point d’orgue, sont venues ternir l’image de la profession.

Autant de problèmes qui auraient déjà poussé cinquante fonctionnaires au suicide depuis janvier, contre trente-cinq l’an dernier. Preuve que, «s’il faut mieux protéger les policiers, il faut aussi les protéger d’eux-mêmes», relève le sociologue de la police Jacques de Maillard.

L’Etat pointé du doigt

Au-delà d’alerter l’opinion, la mobilisation des policiers vise aussi à adresser, selon les syndicats, «un premier avertissement» à l’Elysée, accusé de ne pas les considérer. D’après eux, les réponses de l’Etat (revalorisation des salaires en décembre 2018, augmentation du budget de l’Intérieur et recrutement de 4 500 agents supplémentaires depuis deux ans, numéro d’écoute pour prévenir les suicides...) restent insuffisantes comparées aux défauts structurels du secteur. Quant à la refonte du maintien de l’ordre promise par l’exécutif après la déferlante de critiques, elle tarde à voir le jour.

«L’administration a parfois du mal à se remettre en question», regrette le syndicaliste David Le Bars, qui dit vouloir «aider» les pouvoirs publics à «engager une profonde réflexion sur la police». Et c’est d’ailleurs contre la future réforme des retraites voulue par l’exécutif que les agents vont aussi défiler ce mercredi. Le projet de loi, qui remettrait en cause leur avantageux régime, apparaît comme un nouveau coup de rabot sur la profession. Ce qui passe très mal à l’heure où elle réclame un coup de main.

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