Pourquoi une «marche de la colère» des policiers ce mercredi ?

Suicides, agressions, manque de moyens... Les policiers descendent dans la rue pour exprimer leur «ras-le-bol». [© Sameer Al-Doumy / AFP]

A l'appel d'une intersyndicale inédite depuis près de vingt ans, les policiers défileront ce mercredi 2 octobre à Paris pour une «marche de la colère», sur fond de malaise de l'institution, de hausse des suicides ou encore d'accusations de violences.

Tous corps et tous grades confondus auraient répondu présent, laissant espérer aux agents une mobilisation exceptionnelle de 15.000 à 20.000 manifestants, entre Bastille et République. Selon des «anciens», il n'y avait pas eu un tel appel unitaire depuis 2001, au lendemain du meurtre de deux policiers par un braqueur dans le Val-de-Marne.

Mais entre le bond des suicides au sein de la police (cinquante à ce jour depuis 2019) et l'usure opérationnelle due au mouvement des gilets jaunes, en passant par les nombreuses accusations de violences policières, ils décident aujourd'hui de dégainer leurs revendications dans la rue.

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Des policiers manifestent sur la place du Trocadéro, à Paris, le 12 mars 2019. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

UNE INSTITUTION «MALADE»

Cinq sujets sont au cœur des exigences syndicales: «l'amélioration de la qualité de vie au travail», «une véritable politique sociale pour les agents du ministère de l'Intérieur», «une réponse pénale réelle, efficace et dissuasive», «la défense des retraites» et une future loi d'orientation et de programmation «ambitieuse».

«Il y a un ras-le-bol profond. Tous les syndicats ont conscience que la police est malade [...] On est au-delà des moyens», fait valoir David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa). Avant d'interroger l'institution elle-même : «L'administration a parfois du mal à se remettre en question. Notre initiative se veut aussi une aide aux décideurs politiques pour engager une profonde réflexion sur la police.»

Les retraites, la goutte d'eau ?

C'est d'ailleurs le futur big bang des retraites voulu par le gouvernement qui suscite, entre autres, la grogne des forces de l'ordre. Tout comme certaines professions ciblées, ils craignent une remise en cause de leur avantageux régime. Le principe de droit au départ anticipé devrait être maintenu (dès 52 ans), mais plus pour tous les policiers : seulement en fonction de la dangerosité de leurs missions. «Le métier de policier n'est pas un métier comme les autres, car son exercice est dangereux», rappelle David Le Bars.

Et les récents propos du ministre de l'Intérieur, assurant qu'il défendrait «jusqu'au bout la spécificité du statut» des forces de l'ordre, n'ont pas dissipé leurs inquiétudes. «Castaner n'a pas toutes les cartes en main. Il joue une partie de poker avec Matignon, qui détient les cordons de la bourse, et l'Elysée», observe le secrétaire général d'Unité-SG-FO, Yves Lefebvre. «Mais tout le monde doit comprendre qu'il y aura le feu dans la maison 'police'» si leur régime spécifique est altéré. Ce qu'il n'a pas manqué de rappeler au ministre, jeudi dernier : «si vous nous enlevez le régime spécifique, rendez-nous le droit de grève

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