Les 3 défis d'Emmanuel Macron face aux maires de France

Le président reçoit à l'Elysée des maires inquiets de la «recrudescence» des incivilités dans les communes, le 14 janvier 2019. [© Ludovic MARIN / AFP / POOL]

L'exercice s'annonce éminemment politique. Emmanuel Macron est attendu ce mardi à la Porte de Versailles, à Paris, pour donner le coup d'envoi du 102e Congrès de l'Association des maires de France (AMF).

Pas question de faire l'impasse comme l'an dernier: Emmanuel Macron veut cette fois montrer qu'il soigne les quelque 35.000 maires du pays, en ouvrant lui-même le traditionnel événement puis en recevant 1.500 d'entre eux à l'Elysée, mercredi, pour une séance de questions-réponses. Le tout, selon la présidence, dans un esprit «d'écoute et de dialogue». Que peut-on attendre de son allocution ? Quels défis devra-t-il relever ?

Marquer le début de l'«acte II» du quinquennat

Depuis l'accession de Macron à la fonction suprême, les relations entre l'exécutif et les maires ont été particulièrement tumultueuses, avec en point d'orgue sa décision de ne pas participer au Congrès 2018, alors même qu'il s'était auparavant engagé à venir chaque année. Elles l'ont du moins été jusqu'à la crise des gilets jaunes qui, avec le grand débat national (GDN), ses réunions publiques et ses cahiers de doléances, ont contribué à remettre les élus locaux au centre du jeu politique.

Comme rapporté par Les Echos, le président veut désormais resserrer les liens avec les élus locaux, «piliers de la République», en creusant le sillon du «mano a mano» tracé par le «succès» du GDN. «L'acte II, c'est la réinvention possible dans ce dialogue», fait savoir son entourage. Pour l'entamer, il appelle les maires à «l'union sacrée face aux grands défis auxquels le pays est confronté».

«Nous avons la République en partage», insiste le chef de l'Etat, cité par Le Monde. Ce qu'il a voulu réaffirmer lundi matin, à la veille du Congrès, en décorant de la Légion d'honneur quatre maires ou ex-maires – acquis à sa cause, rappelons-le.

Déminer des sujets sensibles

S'il se dit confiant, Emmanuel Macron risque toutefois de se heurter aux critiques, alors que les maires du pays dénoncent aujourd'hui la façon «dont l'Etat traite les collectivités locales». Parmi les sujets de friction : les treize milliards d'euros d'économies réclamées aux territoires sur l'ensemble du quinquennat, la compensation de la suppression de la taxe d'habitation, ou encore la taille des intercommunalités, jugée trop grande à force de regroupements. Dernier appel en date: le «cri d'alarme», lancé par une cinquantaine de maires dans le JDD, pour réclamer davantage de «moyens» face à la «recrudescence» de la délinquance dans les communes.

D'autres dossiers à plus long terme crispent les élus locaux, comme la future réforme sur la décentralisation envisagée par Emmanuel Macron, le poids grandissant de la transition écologique sur les communes ou la question du vieillissement de la population. Plus largement, les édiles s'estiment dépossédés, abandonnés par le pouvoir central face à la disparition chronique des services publics (hôpitaux, transports...), largement due aux politiques libérales d'austérité selon l'opposition.

Pour se dégager de ces questions sensibles, le chef de l'Etat devrait mettre en avant le projet de loi «Engagement et Proximité», actuellement examiné par le Parlement. Destiné à faciliter la vie des maires, celui-ci prévoit d'accroître leurs indemnités et leurs pouvoirs, ainsi que d'améliorer les aides, notamment pour la garde d'enfants. Soucieux de défendre son action, le locataire de l'Elysée pourrait également brandir la récente étude du Cevipof, selon laquelle 60% des maires (contre 45% en 2018) estiment que la situation financière de leur commune s'est améliorée depuis le début du quinquennat.

Préparer les municipales de mars

En échangeant directement avec les maires sur le format du GDN, et en appelant à des mesures concrètes, Emmanuel Macron cherche à corriger son image de président «hors-sol», déraciné des territoires et donc coupé des réalités du terrain. En filigrane, ce sont bel et bien les élections municipales qu'il a en tête. Or, la bataille s'annonce ardue, le parti présidentiel manquant cruellement d'ancrage local, contrairement à LR ou au PS. A l'heure où les stratégies d'alliances sont encore en discussion, le président ne peut donc pas se montrer trop vindicatif, au risque de perdre de potentiels élus d'opposition LREM-compatibles qui pourraient le rallier dans quatre mois.

Preuve qu'il veut séduire les territoires, le chef de l'Etat se rendra ensuite à Amiens, son fief de naissance, les 21 et 22 novembre, pour une «grande séquence territoriale». Au programme: un discours sur la jeunesse (dont Amiens est la capitale européenne pour 2020), le 800e anniversaire de la cathédrale et l'inauguration de la Citadelle, nouveau pôle universitaire de Picardie, ainsi qu'une rencontre avec les anciens salariés de l'usine Whirlpool, l'un des dossiers sociaux de ces dernières années. Comme un lancement de campagne, en somme.

Bonne nouvelle pour l'Elysée: à quatre mois du scrutin, les maires ne sont plus que 28% à ne pas souhaiter se représenter en 2020, contre environ un sur deux il y a un an, selon l'enquête du Cevipof précitée – soit, sensiblement la même proportion que lors des municipales de 2014. Un signe de regain de confiance sur lequel le président devrait surfer pour tenter de relancer son quinquennat en berne.

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