Près d'un médecin généraliste sur deux refuse les nouveaux patients

Paradoxalement, les refus sont plus nombreux lorsque la densité de généralistes sur le territoire est dans la moyenne que dans les déserts médicaux les plus importants. Paradoxalement, les refus sont plus nombreux lorsque la densité de généralistes sur le territoire est dans la moyenne que dans les déserts médicaux les plus importants. [Fred TANNEAU / AFP]

Une étude alarmante. Près d'un généraliste sur deux (44 %) refuse de prendre de nouveaux patients en tant que médecin traitant, selon une enquête menée par l'association UFC-Que Choisir, publiée jeudi 21 novembre.

Sur les 2.770 médecins généralistes - soit environ 5 % des praticiens en activité - répartis dans 78 départements et contactés anonymement par téléphone, la moitié souhaite d'abord voir le patient avant de se décider.

Le principal motif évoqué pour expliquer leur refus est sans surprise le fait qu'ils aient déjà trop de patients (71 %). De leur côté, 14 % des généralistes arguent de leur départ prochain à la retraite. «Comment s'étonner dès lors que près d’un Français sur dix n'ait pas de médecin traitant déclaré ?», se désole l'association de consommateurs dans son étude.

L'enquête met également en lumière les immenses écarts entre les départements. Si moins de 20 % des généralistes refusent de nouveaux patients dans le Bas-Rhin, la Meurthe-et-Moselle et les Pyrénées-Atlantiques, le taux grimpe à 70 % dans l'Allier, 78 % en Charente et même à 86 % en Seine-et-Marne.

Autre conclusion, paradoxale à première vue, «les difficultés les plus grandes ne se rencontrent pas dans les déserts médicaux les plus importants, mais davantage dans la France périphérique des communes moyennes». En effet, le taux de refus est «seulement» de 33 % dans les communes de moins de 3.000 habitants, et de 34 % dans les communes de plus de 100.000 personnes, alors qu'il atteint 52 % dans les villes de 10.000 à 100.000 âmes.

L'UFC appelle à instaurer un «conventionnement territorial»

Un constat étonnant, confirmé par une autre donnée : les refus sont moins nombreux lorsque l’offre de généralistes est nettement insuffisante (39 % de refus en moyenne) que dans les territoires où la densité est dans la moyenne (46 %). Mais tout cela a une explication rationnelle selon l'UFC-Que Choisir. Dans les zones rurales, les médecins ont «davantage de réticence à refuser des patients, pour ne pas les laisser démunis». Alors que, «dans les déserts médicaux des villes moyennes, la présence de confrères, bien qu’en nombre insuffisant pour répondre aux besoins de la population, semble déculpabiliser les praticiens, qui refusent plus largement de nouveaux patients».

En conclusion de son étude, l'UFC-Que Choisir met en cause la liberté totale d’installation des médecins sur le territoire, qui est selon elle la principale explication de leur mauvaise répartition dans l'Hexagone. Elle appelle donc les députés à adopter la proposition de loi «contre la désertification médicale et pour la prévention», portée par le député socialiste de la Mayenne Guillaume Garot et examinée à l'Assemblée nationale début décembre. Elle prévoit notamment l'instauration d'un «conventionnement territorial» des médecins, qui «vise à orienter l’installation des professionnels de santé vers les zones où l’offre est la moins dense», selon l'exposé des motifs de le proposition de loi.

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