Âge pivot, montant des pensions, régimes spéciaux... les blocages autour de la réforme des retraites persistent

Après plus d'un mois de grève contre la réforme des retraites, les points d'achoppement restent nombreux. [BERTRAND GUAY / AFP].

Après une quatrième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, la grève désormais historique semble amenée à durer. Âge pivot, montant des pensions, devenir des régimes spéciaux... les points d'achoppement sont persistants. Tour d'horizon.

L'âge pivot rejeté en bloc et en détail

C'est le gros point de blocage des négociations, rejeté par l'ensemble des syndicats. Lors de la présentation du projet gouvernemental, le 11 décembre dernier, Edouard Philippe avait annoncé l’introduction d’un «âge d’équilibre», ou «âge pivot» à 64 ans.

En choisissant de partir à la retraite à cet âge, les travailleurs contribueraient à l’équilibre financier du système et, en contrepartie, bénéficieraient d’une retraite à taux plein.

Ils garderaient cependant le choix de partir à la retraite dès 62 ans (l’âge légal actuellement en vigueur), mais seraient, le cas échéant, pénalisés par un malus financier. Ceux qui, à l’inverse, choisiraient de partir après 64 ans seraient, eux, avantagés avec un bonus financier.

L’annonce de cette mesure avait constitué une «ligne rouge» pour le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, pourtant favorable au système universel par points proposé par la majorité.

Pour autant, cette mesure figure toujours dans le projet de loi controversé qui doit être présenté en Conseil des ministres, le 24 janvier.

Seule concession accordée : l'organisation d'une «conférence de financement» qui, en réunissant partenaires sociaux et gouvernement, pourrait faire émerger des solutions alternatives au financement des retraites.

Des taux de cotisations identiques qui inquiètent certaines professions

Alors que la réforme prévoit de fusionner les 42 régimes de retraite existants, avec des taux de cotisations différents, pour parvenir à une caisse unique aux cotisations identiques pour tous (28 %, dont 60 % versés par l'employeur), certaines professions s'inquiètent.

C'est le cas, notamment, des avocats. A l'heure actuelle, les robes noires financent en effet leur propre caisse autonome de retraite. Si la réforme passe en l'état, leurs cotisations vont doubler, passant de 14 % à 28 %.

Par ailleurs, alors que les avocats retraités perçoivent actuellement une pension minimum de 1.416 euros par mois, après la réforme, ce montant tomberait à 1.000 euros.

Le Conseil national des barreaux, l'institution qui représente les avocats, ne veut pas non plus que le «trésor de guerre» de la caisse de retraite de la profession - près de deux milliards d'euros - soit raflé par un Etat français déficitaire.

Le Premier ministre Edouard Philippe a beau multiplier les déclarations rassurantes, en assurant que «les réserves resteront dans les caisses des professionnels concernés», les avocats ne sont pas rassurés. Ils ont même durci le mouvement, lundi 6 janvier, avec de nouvelles actions de blocages dans les tribunaux.

un système universel par points accusé de faire baisser les pensions

Depuis le début de la présentation de son projet de système universel de retraite par points, dans lequel les travailleurs accumuleront des points tout au long de leur vie professionnelle avant de les liquider en fin de carrière, le gouvernement affirme que son système est plus juste, plus simple et plus lisible.

Pourtant, du côté des syndicats, le son de cloche est bien différent. D'après les organisations, le nouveau système apparaît en effet plus pénalisant dans la mesure où le calcul de la retraite se fait sur toute la carrière et non plus sur les 25 meilleures années. 

Elles émettent par ailleurs des doutes quant à la valeur du point. Si on se réfère au rapport de l'ancien haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye, la valeur de ce point devrait être fixée à 55 centimes d’euros pour 10 euros cotisés, ce qui veut dire que pour 100 euros cotisés, les retraités percevront 5,50 euros de pension.

Le gouvernement a promis une «règle d'or» dans le futur système, faisant que la valeur du point sera sanctuarisée dans la loi et indexée sur l'évolution des salaires, mais, malgré cela, les organisations estiment que le système devrait pénaliser une grande partie des salariés.

Des régimes spéciaux défendus contre vents et marées, malgré les concessions

Fer de lance de la contestation, les salariés de la SNCF et de la RATP ont, dès le départ, signifié au pouvoir leur refus de voir disparaître leur régime spécial.

Celui-ci fait qu'ils peuvent partir à la retraite plus tôt en échange de certaines contraintes inhérentes à leur métier (travail de nuit, dimanche et jours fériés notamment).

A la SNCF, leur disparition annoncée a constitué, en quelque sorte, la goutte d'eau qui fait déborder le vase après la fin de l'embauche au statut cheminot et l'ouverture du rail à la concurrence.

Ici aussi, les cheminots s'inquiètent du montant de leur future pension, calculée sur les six derniers mois, comme c'est également le cas chez les fonctionnaires.

Pour les cheminots, comme pour les fonctionnaires, le gouvernement a pourtant déjà lâché du lest : le nouveau système ne s'appliquera aux agents de la RATP et de la SNCF qu'à partir de ceux nés, selon les cas, en 1980 ou 1985.

Quant aux fonctionnaires, il a promis d'intégrer les primes dans le futur calcul des retraites. 

Une prise en compte de la pénibilité qui reste à définir

Dernier gros point sur lequel buttent les syndicats et le gouvernement : la définition à apporter en termes de pénibilité.

Selon les syndicats, étant donné que le système à points tient compte de toute la carrière, il accentue «les problèmes de la vie professionnelle : emploi des seniors, bas salaires, pénibilité, etc.», comme le pense le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier.

Pour calmer les craintes, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est engagée, mardi 7 janvier, à présenter «d'ici à quinze jours des grandes pistes» pour améliorer l'emploi des seniors et la prise en compte de la pénibilité au travail.

Une réunion de travail sur la pénibilité dans la fonction publique a été organisée à cet égard mercredi avec les partenaires sociaux, mais a tourné au fiasco. La CGT, la CFE-CGC et la FSU ont en effet claqué la porte de la réunion.

D'après les organisations, le secrétaire d'Etat Olivier Dussopt venait de leur annoncer «la fin des catégories actives» permettant aux agents ayant un métier très pénible de partir à la retraite cinq ou dix ans avant l'âge légal.

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