Face à «la menace russe» aux portes de l'Europe, Emmanuel Macron a annoncé l'entrée de la France dans une «économie de guerre». Une nouvelle ère marquée par l’augmentation du budget de la Défense, le réarmement du pays, et des investissements sur le long terme.
Une course contre la montre. «La Russie est devenue, au moment où je vous parle et pour les années à venir, une menace pour la France et pour l’Europe», a déclaré Emmanuel Macron mercredi dans son allocution télévisée, à la veille d’un sommet extraordinaire de l’Union européenne consacré à l’Ukraine et à la sécurité du continent.
«Les États européens doivent être capables de mieux se défendre et de dissuader toute nouvelle agression», a-t-il ajouté, affirmant que la France se préparait à entrer dans «une économie de guerre». Une nouvelle ère, qui, face au revirement des États-Unis, force les dirigeants européens à s'engager dans un réarmement massif pour protéger les frontières de l'Europe.
Pour ce faire, un plan de 800 milliards d’euros pourrait être débloqué dans les prochaines heures à Bruxelles, tandis que la France, confrontée à d'importants déficits budgétaires, explore de nouvelles pistes pour financer son effort de défense tout en équilibrant ses finances.
Emmanuel Macron : «Je veux croire que les Etats-Unis resteront à nos côtés. Mais il nous faut être prêts, si tel n'était pas le cas. [...] Les Etats européens doivent être capables de mieux se défendre. Quoiqu'il advienne, il nous faut nous équiper davantage.» pic.twitter.com/P5KlontPmd
— CNEWS (@CNEWS) March 5, 2025
Réarmement du pays et du continent
L'expression «économie de guerre» est apparue durant la Première guerre mondiale, désignant une profonde transformation du modèle économique en place afin de pallier les bouleversements d’un conflit armé et ainsi se concentrer essentiellement sur l’effort de guerre. Concrètement, cela veut dire investir de l'argent, public et privé, pour réarmer le pays.
Mais alors, pour la France, à quoi correspondrait une «économie de guerre» ? Dans son allocution télévisée, Emmanuel Macron a insisté sur deux points : le passage du budget de la Défense à 3,5% du PIB, ce qui implique de passer d’un budget de 50 milliards d’euros cette année, à plus de 90 milliards d’euros dans les mois ou années à venir.
Mais aussi et surtout la réindustrialisation du pays avec la refonte d’une industrie militaire européenne, pour produire des armes et des munitions, ainsi que leurs composantes sur le sol français, et sinon sur le sol européen. Aujourd'hui, 60% de l'armement européen est importé des États-Unis.
Cela implique donc la réorientation de toutes les commandes publiques européennes vers des entreprises européennes, et la mobilisation de nos grands groupes comme Thales, Safran, ou encore Dassault Aviation, mais aussi un certain nombre de startups et de plus petites entreprises pour relancer la production d’armement en France et en Europe.
Investissement public et privé
Reste la question du financement. Si la volonté du président est claire, une économie de guerre doit être financée, ce qui ne sera pas une mince affaire en France où les finances publiques sont en berne et où le pouvoir politique est divisé. À cet égard, le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a promis d’annoncer son plan de bataille le 20 mars prochain.
Plusieurs pistes sont déjà évoquées, notamment en ce qui concerne l'investissement privé, avec la mobilisation des banques et des investisseurs français, mais aussi la création potentielle d'un livret d’épargne rémunérateur dans lequel les Français pourraient investir pour participer à l’effort de guerre.
En effet, les Français possèdent quelque 6.000 milliards d'euros d'épargne, placés dans des assurances-vie (24%), des actions boursières (40%) ou encore des produits défiscalisés comme le livret A (6,5%). Le président de la République n’exclut pas d’y faire appel, misant sur la solidarité et sur une rémunération attractive.
Concernant l'investissement public, les milliards d'euros nécessaires pourraient être plus compliqués à trouver. Si Emmanuel Macron a promis que ces investissements ne seraient pas financés par des hausses d’impôts, reste désormais au gouvernement de proposer des solutions concrètes qui seront adoptées par les Français.
Une mission difficile, alors que le pays se trouve dans une situation budgétaire complexe, avec un déficit important et une Assemblée nationale fracturée sur des thématiques comme le budget de l'État. Le président de la République a ainsi appelé l’ensemble des forces politiques et syndicales du pays à faire des propositions en ce sens.
Financement européen
Au niveau européen, face à l’urgence de la situation, l’idée de la sortie des dépenses de Défense du calcul des déficits publics fait son chemin. Les pays européens pourraient ainsi être autorisés à investir et s’endetter pour financer leur économie de guerre, sans respecter la limite de déficit fixée à 3% par le traité de Maastricht.
Même l’Allemagne, habituellement rigoureuse sur les sujets budgétaires, y semble prête : «il faut assouplir les règles budgétaires pour dégager des moyens supplémentaires», assure mercredi la cheffe de la diplomatie allemande, Annalena Baerbocka.