Alors que Sébastien Lecornu a annoncé une suspension de la réforme des retraites, Emmanuel Macron a semé le trouble en estimant que le travail du Parlement pourrait donner lieu à des «perspectives de référendum».
«Ni abrogation ni suspension» mais seulement un «décalage» et peut-être bientôt un référendum : Emmanuel Macron est monté au front, ce mardi, sur la réforme des retraites, contredisant le discours de Sébastien Lecornu devant l'Assemblée nationale, qui a annoncé puis confirmé que la «suspension» serait ajoutée au budget de la Sécurité sociale.
Le Premier ministre «a fait un choix pour apaiser le débat actuel» sur le projet de budget 2026 et la potentielle censure du gouvernement, a lancé le chef de l'Etat depuis Ljubljana, la capitale slovène, où il effectuait une visite. Mais cela ne signifie «ni l'abrogation ni la suspension» de la réforme de 2023, seulement un «décalage d'une échéance» à savoir le «relèvement progressif de l'âge légal de départ», a-t-il ajouté.
La réforme votée en 2023 était «nécessaire», les «fait sont têtus», il faudra «reposer le débat» sur le financement des retraites, a également déclaré Emmanuel Macron en rappelant le vieillissement de la population française. «Maintenant, c'est le travail du gouvernement et du Parlement», a-t-il ajouté, une conférence des partenaires sociaux devant aussi se tenir dans les prochaines semaines. Si un accord est trouvé, des «perspectives de référendum sont possibles», a annoncé le chef de l'Etat.
suspension ou non ?
De quoi remettre de l'huile sur le feu dans la crise politique sans fin qui agite la France depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024 et qui se cristallise désormais autour du nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu. Pour échapper au couperet de la censure dès sa déclaration de politique générale le 14 octobre, le chef du gouvernement avait fait plusieurs concessions aux socialistes, dont la suspension de la très impopulaire réforme des retraites.
Mais cette annonce est depuis accueillie avec méfiance par la gauche : les socialistes réclament des garde-fous, tandis que les Insoumis crient au «leurre» et accusent leurs anciens partenaires de s'être fait duper. «La réforme des retraites à 64 ans n’est ni abrogée, ni suspendue. Elle est DÉCALÉE. Il est temps dorénavant de partir de la réalité et non de la propagande des autosatisfaits pour entrer dans la lutte», a critiqué sur X Jean-Luc Mélenchon.
Macron joue la mise au pied du mur de ceux qui voulaient croire à un accord global qui n'a jamais existé :
La réforme des retraites à 64 ans n'est ni abrogée, ni suspendue. Elle est DÉCALÉE.
Il est temps dorénavant de partir de la réalite et non de la propagande des auto… pic.twitter.com/UeouQKGlyO— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) October 21, 2025
imbroglio sémantique
Deux heures plus tard, interrogé à l'Assemblée nationale par Marine Le Pen (RN), puis Boris Vallaud (PS), le chef du gouvernement a tenu un discours différent. «Le président s'est exprimé uniquement sur la mesure d'âge et je suis allé plus loin lors de ma déclaration de politique générale», a précisé le Premier ministre, rappelant qu'il avait annoncé la suspension tant de la mesure de décalage de l'âge légal que celle de l'augmentation du nombre de trimestres de cotisation, sans laquelle la première mesure ne «serait rien».
Sébastien Lecornu a par ailleurs annoncé qu'un Conseil des ministres serait réuni jeudi pour ajouter, via une «lettre rectificative», cette mesure de suspension au projet de budget de la Sécurité sociale, comme le demandaient la gauche et le RN. Visiblement pas de quoi effrayer Emmanuel Macron, qui gardait le silence depuis des semaines sur la situation politique intérieure, et qui revient ainsi en force dans le débat, de surcroît depuis l'étranger, après avoir pourtant promis qu'il donnerait «carte blanche» à son Premier ministre.