Sébastien Lecornu présente ce mardi en conseil des ministres les deux projets de budget, de l'Etat et de la Sécurité sociale, avant de prononcer sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Une journée décisive pour le Premier ministre qui devra également affronter deux motions de censure.
Tous les regards sont désormais braqués sur lui. Alors qu’Emmanuel Macron a fait le choix, contre vents et marées, de reconduire Sébastien Lecornu à Matignon, le Premier ministre doit passer les examens successifs du conseil des ministres - qu’il a récemment nommés - et de l’Assemblée - dont une partie réclame déjà sa censure - pour ses budgets pour 2026, érigés en véritables priorités pour sortir la France de la crise dans les temps impartis par la Constitution.
premier conseil des ministres
Après une brève réunion à Matignon lundi, le gouvernement de Sébastien Lecornu présente donc ce mardi matin à 10h en conseil des ministres les deux projets de budget, celui de l'Etat et celui de la Sécurité sociale, dont le contenu devrait être identique à celui envoyé le 2 octobre au Haut Conseil des finances publiques (HCFP), organe qui dépend de la Cour des comptes, comme le veut la procédure. Il pourra toutefois évoluer lors du débat parlementaire, a indiqué Matignon lundi.
Ce projet reprenait déjà une grande partie de celui élaboré par son prédecesseur François Bayrou avec toutefois des économies moindres que les 44 milliards d'euros avancés par le précédent locataire de Matignon. «Pas parfait», ce budget a été «plutôt imaginé pour que le débat ait lieu», selon le Premier ministre. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) sera également présenté ce mardi. Si ces textes sont adoptés en conseil des ministres, ils pourront partir au Parlement pour les soixante-dix jours d'examen.
Dans le même temps, la commission des Finances de l'Assemblée nationale, présidée par le député Eric Coquerel (LFI), commencera ses auditions. Elle entendra à 10h30 le président de la cour des comptes et du Haut conseil des finances publiques Pierre Moscovici, puis à 19h le ministre de l'Economie, Roland Lescure, et la ministre de l'Action et des comptes publics, Amélie de Montchalin. Le gouvernement espère que les deux textes pourront être promulgués avant le 31 décembre, comme prévu par la Constitution.
Déclaration de politique générale
Mais l'épreuve de vérité aura lieu dans l’après-midi, ce mardi, avec la déclaration de politique générale du Premier ministre à l'Assemblée nationale. Démissionnaire en début de semaine dernière, reconduit vendredi au terme d'une mission éclair auprès des oppositions, Sébastien Lecornu est sur une corde raide.
Le RN et LFI comptent le censurer dès cette semaine et son avenir pourrait se trouver entre les mains des socialistes qui exigent l'annonce d'une suspension de la réforme des retraites pour ne pas le faire chuter.
Dans le détail, le Parti socialiste réclame la suspension du report à 64 ans de l'âge légal de départ, un point sur lequel le gouvernement s'est dit prêt à débattre. Mais cette perspective, qui coûterait au moins 3 milliards d'euros en 2027, fracture le camp présidentiel et a été désignée comme une ligne rouge par la droite et le patronat.
Les socialistes demandent également une mesure de justice fiscale, et plus spécifiquement une taxe sur les plus hauts patrimoines, avant de conclure un potentiel accord de non-censure.
Deux motions de censure
Car c’est bel et bien le véritable enjeu de cette journée : trouver un accord avec le «nouveau socle commun» pour éviter une autre censure, avec à la clé le maintien du pays dans l’immobilisme et dans la crise.
Le Rassemblement national et la France insoumise ont en effet déposé leur motion respective lundi et Jordan Bardella a déclaré être prêt à voter une censure «même si elle émane d’un autre camp politique». Ces dernières devront être examinées, puis votées sous quarante-huit heures.
Une mission de la dernière chance pour le gouvernement Lecornu II qui, si elle échoue, ne donnera plus d’autre choix à Emmanuel Macron que d’envisager une nouvelle dissolution de l’Assemblée, réclamée par le Rassemblement national et dont il espère tirer profit, se sachant en position de force face à l’explosion du bloc central et à la désunion des forces de gauche.