Alors que le corps retrouvé ce jeudi a été identifié comme étant celui de la jeune Lyhanna, portée disparue depuis le vendredi 29 mai, plusieurs dysfonctionnements judiciaires rôdent autour du principal suspect.
Des dysfonctionnements qui alourdissent l’affaire. Principal suspect dans la disparition et le meurtre de Lyhanna, 11 ans, Jérôme Barella était déjà visé par plusieurs procédures judiciaires. Il était notamment accusé de plusieurs viols, mais n’a pourtant jamais été auditionné par la justice.
Ce vendredi, le ministère de la Justice est revenu sur ces dysfonctionnements et a notamment pointé du doigt un manquement dans la transmission des dossiers entre les parquets.
À commencer par la plainte pour viols déposée le 22 août 2025 par une enfant de 10 ans à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne.
Selon une source proche de l’enquête, les gendarmes ont bien recueilli le témoignage de la victime supposée et de sa mère. «Le dossier comporte des auditions, une expertise psychologique et un certificat médical faisant état de lésions anales jugées sans ambiguïté» et «le suspect est identifié».
Mais un premier dysfonctionnement intervient : «Le parquet de Toulouse, saisi initialement, aurait mis plusieurs semaines à transmettre la procédure au parquet d’Auch, alors qu’une saisine en urgence aurait pu être effectuée».
«Aucun appel téléphonique et aucun e-mail n’ont été envoyés. Le dossier est envoyé sous format papier et met 13 jours pour parvenir de Toulouse à Auch», a précisé la source.
Des retards de plusieurs semaines
Une fois arrivé à Auch, «le dossier serait resté plusieurs semaines sans traitement». Toujours selon cette source proche du dossier, «il aurait fallu près d’un mois pour qu’il soit examiné puis environ un mois et demi supplémentaire pour qu’un service enquêteur soit désigné».
De son côté, le ministère a souligné «qu’aucune difficulté particulière de moyens ne semble pouvoir expliquer ces délais». Il affirme que le parquet d’Auch comptait quatre magistrats et qu’il ne présentait pas de stock important de dossiers criminels en attente.
Une autre interrogation survient alors : l’absence de mesures coercitives rapides à l’encontre du suspect. Jérôme Barella, 41 ans, n’a pas été placé en garde à vue : «Le dossier aurait été traité comme une procédure ordinaire, de vol, de braquage ou d’extorsion et non comme une affaire prioritaire impliquant des violences sexuelles sur mineur», a déclaré la source proche du dossier.
Selon le ministère de la Justice, cette affaire illustre donc un défaut de priorisation alors même que plusieurs éléments concordants étaient déjà réunis dans ce dossier : certificat médical, expertise psychologique, témoignage de la mère et de la victime et antécédents du suspect.
Deux autres plaintes et un licenciement
En effet, Jérôme Barella était déjà visé par une plainte pour les mêmes faits, déposée en 2022, là encore par une jeune fille de 10 ans. Mercredi, une dernière plainte a également été déposée à l’encontre du quadragénaire. Clémence Meyer, procureure de la République d’Auch, n’a néanmoins pas été en mesure de donner plus d’informations.
Enfin, le suspect avait aussi fait l’objet d’un licenciement en 2021, pour comportement inapproprié au sein du lycée dans lequel il travaillait comme agent d'entretien.
Quant aux dysfonctionnements de la plainte déposée en 2025, le garde des Sceaux Gérald Darmanin s’est également interrogé sur l’application concrète des circulaires de politique pénale qu’il a diffusées depuis son arrivée Place Vendôme, notamment celles faisant des violences sexuelles commises sur des enfants une priorité absolue.
Selon le ministère de la Justice, aucune démission n’a été présentée pour le moment. De plus, des sanctions disciplinaires pourraient être envisagées devant le Conseil supérieur de la magistrature si des responsabilités individuelles sont établies.
Par ailleurs, le ministre de la Justice entend lancer des missions d’évaluation et d’inspection afin de vérifier l’application effective de ses instructions par les parquets généraux.