Européennes : les clips de campagne décryptés

Le scrutin européen aura lieu en France ce dimanche 26 mai. Le scrutin européen aura lieu en France ce dimanche 26 mai. [© Capture France Télévisions]

Choix des mots, tournure des phrases, expressions du visage, langage corporel... Diffusés depuis quelques jours, les clips de campagne des 34 listes en lice pour les élections présidentielles se distinguent par des codes de communication bien spécifiques.

Décryptage de la sémiologue Elodie Mielczareck, spécialiste de l'analyse du discours politique et auteure de «La stratégie du caméléon» (2019, éd. Le Cherche Midi).

Avant d'en analyser les différences, y a-t-il des points communs à toutes ces vidéos ? 

«Sur la forme, elles utilisent des ressorts archi-connus et manquent de créativité : on y trouve bien souvent une musique entraînante en fond, une voix off par-dessus, et de 'jolies images'. Sur le fond, à force d'user et d'abuser de ces ressorts qui sont purement marketings (valeurs abstraites, parole incantatoire), ces clips présentent la politique comme un 'produit à acheter', ne pouvant séduire que ceux qui sont déjà 'tentés' ou 'convaincus'. Dès lors, il n'y a plus à s'étonner que l'offre sur le marché des candidats soit inversement proportionnelle au nombre de votants mobilisés sur cette élection.»

Quels enseignements peut-on en tirer après les avoir visionnées ? 

«La plupart des clips sont attendus et sollicitent très peu l'imagination, hormis celui de la France insoumise et son 'isoloir-voyageur'. De manière générale, les clips orientés sur le 'collectif' avec des images de manifestations, de rassemblement. Ils se démarquent assez peu les uns des autres. Les clips mettant en scène un seul orateur valorisent le charisme en rendant 'inaccessible' et utilisent le collectif comme un prétexte. On a donc pour certains clips une opposition clichée entre d'un côté les partis de droite et la valorisation d'un seul orateur versus les partis de gauche et la valorisation du collectif.»

Quels sont les clips les plus réussis ? 

«Si on prend la disruption et la créativité en critère, les plus réussis sont ceux de l'UDI, même s'il est un peu kitsch, de la France Insoumise, même si le fond est attendu, et d'Europe Ecologie.»

«POUR L'EUROPE DES GENS CONTRE L'EUROPE DE L'ARGENT» - IAN BROSSAT (PCF)

Avec Josianne Balasko en tête d'affiche, le Parti communiste français décide de donner la parole à plusieurs interlocuteurs, dont Ian Brossat, pour dérouler le programme de la liste. 

L'analyse : «C'est le clip qui met le plus en scène la pluralité des visages. Il y en a des connus, comme Josiane Balasko, et inconnus du grand public sur un traitement réaliste de l'image, pour accentuer le côté didactique du discours. Le collectif est valorisé autour d'un appel aux émotions, c'est 'le principe de pluralité'».

«EUROPE ECOLOGIE» - YANNICK JADOT (EELV)

Musique de fond, plusieurs personnalités qui s'expriment... Le clip d'Europe Écologie ressemble à celui du PCF, mais met plus d'images «positives» en avant, tel que des paysages ensoleillés ou des forêts ensoleillées. 

L'analyse : «Dans la première partie du clip, le traitement des images est réaliste, en utilisant la pédagogie. En revanche, la fin est différente et joue davantage sur des ressorts cinématographiques avec de la musique et l'approche esthétisante des images. Utiliser ces codes du cinéma joue sur le 'principe de désir', en s'éloignant de la réalité. Quoi qu'il en soit l'accent est mis sur la personnalité de Jadot (ses convictions, sa philosophie, ses référents).»

«Renaissance» - Nathalie Loiseau (LREM-MoDem)

Une voix connue pour débuter, celle de Bernard Guetta, ancien journaliste récompensé par un prix Albert Londres. Ce dernier parle par-dessus des images d'archives mettant en scène la construction de l'Union Européenne, avant que Pascal Canfin, deuxième sur la liste Renaissance, puis Nathalie Loiseau, ne concluent le clip face à la caméra. 

L'analyse : «Il s'agit d'un clip peu évident à positionner. Le traitement de l'image est réaliste en mettant en scène des images d'archives. Il est à mi-chemin entre le principe de singularité, avec un regard qui se focalise sur un seul orateur, mais ils sont nombreux à prendre la parole (il y a donc aussi un principe de pluralité).»

«Prenez le pouvoir» - Jordan Bardella (RN)

Pas question pour le Rassemblement national de ne pas jouer la carte de sa présidente : Marine Le Pen. Celle qui est arrivée au second tour de l'élection présidentielle partage la voix off du clip avec la tête de liste du parti, Jordan Bardella, dans une vidéo assez traditionnelle. 

L'analyse : «Comme pour Renaissance, le positionnement n'est pas si simple car il y a une place importante accordée à l'orateur (qui parle seul, avec fond uni derrière lui), mais d'autres personnes se relaient. Finalement, le Rassemblement national et Renaissance usent des mêmes codes formels, même si le fond n'est pas le même.»

«Union de la droite et du centre» - François-Xavier Bellamy (LR)

Comme pour le Rassemblement National, Les Républicains jouent la carte du président du parti, Laurent Wauquiez. Mais la part laissée à la tête de liste, François-Xavier Bellamy, est un peu plus importante qu'à l'extrême droite, puisqu'il parle pendant la quasi-totalité de la vidéo. 

L'analyse : «Le clip met en scène la prestation de l'orateur, les images où il est seul sont plus nombreuses que les images avec un collectif. Les ressorts sont davantage cinématographiques avec une musique entraînante en fond, une succession d'images et des plans larges.»

«La France insoumise» - Manon Aubry (LFI)

Pour ces élections européennes, le parti de Jean-Luc Mélenchon a misé sur la fiction. Pendant la vidéo, l'on suit une électrice qui se téléporte à travers différents paysages avec un isoloir en guise de portail spatio-temporel. Le président de La France insoumise et Manon Aubry, tête de liste, se partagent la voix off de la vidéo. 

L'analyse : «Ce clip met en scène un isoloir capable de voyager dans l'espace. C'est sans doute la vidéo qui sollicite le plus notre imaginaire, même si le traitement des scènes ne se veut pas détaché de la réalité.»

«Envie d'Europe écologique et sociale» - Raphaël Glucksmann (Place publique-PS)

Tête de liste de Place publique et du PS, Raphaël Glucksmann joue le refus de la dychotomie entre libéraux et nationaliste dans son clip, et tente de montrer un visage de la gauche unie, avec plusieurs images de meeting.

L'analyse : «Le clip est plutôt réaliste, même si le traitement de la musique et le montage veulent plutôt inspirer le spectateur. Pour autant, l'imagination n'est pas tellement sollicitée.»

«Liste citoyenne du Printemps européen» - Benoît Hamon (Génération.s)

Pas de voix off, pas de personnalité parlant face à la caméra... Le clip de Génération.s est uniquement composé d'images d'archives montées sur une musique dynamique. La seule phrase complète audible parmi les archives est : «François Mitterrand est élu président de la République». Un petit OVNI en comparaison avec les autres vidéos.

L'analyse : «Voilà peut-être le clip le plus disruptif sur la forme. On y voit un enchaînement d'images d'archives, sans voix off, et sans corps pour porter le discours. Les images sont à la fois historiques (réalistes) et montées (ressorts cinématographiques). Sur le fond, le sens est laissé à l'interprétation de chacun, donc sans portée véritable.»

«Lutte ouvrière. Contre le grand capital, le camp des travailleurs» - Nathalie Arthaud (LO)

Chez Lutte ouvrière, pas question de faire dans le compliqué. Nathalie Artaud et Jean-Paul Mercier, les deux premiers de la liste, prennent la parole face à la caméra, en déroulant les raisons qui les poussent à se présenter aux élections européennes. À noter la critique qui est faite à la récolte de dons pour Notre-Dame, en opposition aux travailleurs qui font «des sacrifices inouïs, simplement pour survivre».

L'analyse : «Il met seulement en scène deux personnalités politiques dont Nathalie Artaud. Le traitement de l'image est 'hyper réaliste', dépouillé de toute ornementation. L'on qualifie cela de 'principe de réalité', en opposition à celui de désir (qui utilise les codes cinématographiques). De plus, ici, l'accent est mis sur ces 'corps' politiques qui transmettent leur représentation du monde.»

«Ensemble Patriotes et Gilets jaunes : Pour la France, sortons de l'UE», Florian Philippot (Les Patriotes)

Dans ce clip des Patriotes, la campagne est largement mise en avant, tout comme les gilets jaunes, que Florian Philippot s'attelle à rallier depuis le début du mouvement. 

L'analyse : «Florian Philippot est mis en scène en prenant la parole seul. Même si une ou deux autres personnes apparaissent, il semble parler en leur nom. L'usage des valeurs abstraites est pléthorique dans ce clip : 'Peuple', 'Espérance', et beaucoup d'autres mots à majuscule, dramatisés par une musique et une mise en scène esthétique de l'image»

«Ensemble pour le Frexit» - François Asselineau (UPR)

Paysages noyés dans les rayons du soleil, sourires et câlins, le clip de François Asselineau se veut très positif, à l'exception des quelques secondes, très sombres parlant d'Europe. Le tout avec la voix du candidat de l'UPR en fond, pour obtenir ce qu'il porte depuis de nombreuses années : «un Frexit».

L'analyse : «La voix de François Asselineau est mise en scène sur des images esthétiques et usant des codes cinématographiques (musique, ralentis, succession de plans rapides) où des inconnus apparaissent».

«Les Européens» - Jean-Christophe Lagarde (UDI)

Seul, avec un fond blanc derrière lui, Jean-Christophe Lagarde, tête de liste des «Européens» égrenne son programme, illustré par du dessin animé.

L'analyse : «Ce clip met en scène Christophe Lagarde seul. Sur le fond, l'accent est mis sur la connaissance et la compréhension. Sur la forme, l'animation accentue la dimension pédagogique, quitte à infantiliser légèrement le spectateur.»

«Debout la France» - Nicolas Dupont-Aignan (DLF)

Dans cette vidéo de campagne, Nicolas Dupont-Aignan assume son rôle de chef de file de Debout la France, son parti. Il y explique face caméra plusieurs points de son programme, en s'affichant à plusieurs reprises lors de rencontres avec des citoyens. 

L'analyse : «Le clip de Debout la France met en scène Nicolas Dupont-Aignant seul, qui construit son discours en filant la métaphore de l'immeuble et de l'Europe comme 'mauvais syndic'. La métaphore permet de rendre le discours accessible et pédagogique.»

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