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Présidentielle : pourquoi Emmanuel Macron prend-il son temps avant de se déclarer candidat ?

Le chef de l’Etat garde la main sur son calendrier. [Ludovic MARIN / AFP]

Le privilège du président. Alors que les déclarations officielles et les désignations par primaire permettent de dégager la liste des concurrents à la présidentielle 2022, Emmanuel Macron, dont la candidature à sa propre succession ne laisse guère place au doute, prend son temps pour entrer en campagne.

Le «maître des horloges», comme il s’était défini lors de la campagne de 2017, sait que son statut de président de la République lui donne un avantage prépondérant sur ses concurrents. Il reste le point central du débat politique, sans avoir à s’y employer. Pas besoin de déclaration tapageuse ou de meetings réunissant des milliers de personnes pour prendre la lumière médiatique. D’autant qu’entre la crise sanitaire du Covid-19, les vœux pour la nouvelle année et la présidence de l’Union européenne, à partir du 1er janvier, les occasions pour dégainer les prises de parole ne manqueront pas.

«Il est chef de l’Etat, il peut tout faire sans être en campagne», analyse Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut OpinionWay. «Ce n’est pas dans son intérêt d’y aller trop tôt, il doit garder au maximum cet avantage». De quoi lui permettre aussi de se situer «au-dessus de la mêlée, en évitant l’affrontement direct avec les autres candidats, qui seront eux dans l’agitation et parfois les dérapages», reprend Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique. «Il va ensuite pouvoir arriver en majesté pour confirmer sa candidature», anticipe-t-il.

le risque de se faire déborder par la concurrence ?

Nombreux sont les observateurs à estimer ainsi que l’annonce officielle pourrait intervenir autour de la fin janvier. Il prendrait alors comme modèles ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac (François Hollande n’a lui pas eu cette opportunité), qui s’étaient déclarés au mois de février (en 2012 et 2002) pour un scrutin organisé légèrement plus tard (fin avril, début mai). En 2022, il se déroulera le 10 avril pour le premier tour, le 24 pour le second tour.

Mais à force d’attendre, le risque ne serait-il pas de laisser un ou des concurrents en profiter pour créer une dynamique massive, face à laquelle Emmanuel Macron serait lui aussi débordé ? «Un événement imprévu peut en effet venir tout bousculer», anticipe Bruno Jeanbart. Il prend en exemple la désignation par Les Républicains de Valérie Pécresse, qui vient chahuter Emmanuel Macron dans les sondages et disputer à Marine Le Pen le rôle d’adversaire numéro un. Cependant, selon lui, la déclaration de candidature lui donnera automatiquement un «coup de boost», un «bonus d’entrer en campagne» lui permettant de reprendre la main.

«Le candidat Macron n’est pas le président Macron»

Philippe Moreau-Chevrolet estime pour sa part que le risque serait plutôt de «surestimer ses forces et sous-estimer le danger venant des autres (candidats). L’Elysée pense que quoi qu’il arrive, l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron va faire grimper ses scores. Mais c’est illusoire de penser que sa cote de popularité positive va automatiquement se transformer en vote. Le candidat Macron n’est pas le président Macron». Et de rappeler : «il ne faut pas oublier qu’il y a toujours une volonté de dégagisme dans le pays, dont Emmanuel Macron a d’ailleurs profité il y a cinq ans. Même s’il a toujours une image sympathique, le Covid et les gilets jaunes ont traumatisé le pays et la population peut ressentir le besoin d’une figure neuve».

Il y a donc fort à parier que les prochaines semaines seront scrutées de près par les conseillers du président et sa future équipe de campagne. Leur but sera d’analyser le meilleur moment pour se lancer dans la course. Une annonce réussie permettrait de lancer la machine, une déclaration mal négociée plomberait au contraire une candidature attendue.

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