Jean-Yves Le Gall : «une échéance pour marcher sur Mars n'est pas encore prévisible»

Lancement d'une fusée Ariane depuis la Guyane. Lancement d'une fusée Ariane depuis la Guyane. [HO / AFP / ARIANESPACE]

Mike Pence, sur ordre de Donald Trump a raccourci le calendrier pour un retour des Américains sur la Lune de 2028 à 2024. En parallèle, le patron de la Nasa a parlé d'une mission martienne pour 2033, alors que la France et la Chine ont récemment signé des accords pour un projet commun sur la Lune. La course à l'espace connaît un renouveau ces derniers mois, mais gare à l'ambition démesurée pour Jean-Yves Le Gall, président du Centre national d'études spatiales.

Pourquoi cet engouement retrouvé pour la course à l'espace ?

Il y a deux raisons. La première, et la plus profonde, c'est que le spatial est entré dans la quatrième révolution industrielle, celle de la numérisation. En effet, les satellites sont de moins en moins lourds si l'on compare aux années 60, et donc beaucoup moins chers à produire. Cela entraîne une multiplication des acteurs dans ce domaine, comme la Chine, l'Inde, les Émirats Arabes Unis.

L'autre raison, c'est que ces pays veulent se positionner, et concurrencer les puissances spatiales historiques. Donc, pour ne pas se laisser dépasser, les États-Unis ou l'Europe doivent continuer à lancer des programmes ambitieux. On n'est pas dans un contexte de guerre de technologie comme dans les années 60 pendant la Guerre Froide. 

Est-ce que l'apparition des entreprises privées comme SpaceX, Virgin ou Blue Origin joue dans ce renouveau ?

L'impact n'est pas si important que cela. Le budget de ces entreprises est très nettement inférieur à celui de la Nasa. L'espace reste l'apanage des États. De plus, les entreprises privées ont toujours travaillé avec la Nasa pour construire les fusées. Le module lunaire ou la fusée Saturn V ont été construits à l'extérieur. En Europe, nous avons également des entreprises privées, comme Thalès ou Airbus, et même des projets de start-up, qui font des choses remarquables, mais ce n'est pas encore une tendance semblable à ce qui se passe aux États-Unis.  

Est-ce que le calendrier raccourci des États-Unis vous semble jouable ? 

Depuis que j'ai débuté ma carrière dans le spatial, il y a un proverbe que je répète : ce n'est pas en prenant neuf femmes que vous allez faire un enfant en un mois. Il y a des délais qui sont incompressibles. Faire un programme lunaire en cinq ans, nous l'avons fait dans le passé, mais il y avait plus d'argent injecté, et surtout, les risques pris étaient parfois insensés. La grande majorité du temps, cela s'est bien passé, parfois miraculeusement comme avec Apollo 13. Mais ces risques ne seraient plus acceptés aujourd'hui. Le programme américain est donc très ambitieux. 

Est-ce que la France joue un rôle dans la course à l'espace ?

Bien sûr. La France est le moteur de l'Europe spatiale. Derrière les États-Unis, il y a deux acteurs qui font jeu égal : l'Europe et la Chine. La Chine lance beaucoup de satellites de qualité moyenne, alors que l'Europe en lance moins, mais de meilleure qualité. Et il y a une branche dont on parle peu, c'est le spatial militaire. La France a lancé des programmes militaires très ambitieux, et est devenue une puissance spatiale à ce compte là. 

Un pas sur Mars est-il par conséquent à l'ordre du jour de l'agence spatiale européenne (ESA) ?

Non, mettre un pied sur Mars, personne ne l'imagine encore. Il y a des défis physiologiques, comme le fait de garder des astronautes deux ans dans l'espace par exemple. Une échéance pour cette mission n'est pas encore prévisible. L'ESA discute en revanche avec les États-Unis pour participer à un projet de station orbitale, un peu comme l'ISS qui orbite autour de la Terre. Mais celle-ci tournerait «en 8», passant successivement au-dessus de la Lune, puis de la planète bleue.

 

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