Hong Kong : tout comprendre sur la crise entre la NBA et la Chine

Comment un tweet a mis fin à l'histoire d'amour entre les Houston Rockets et la Chine Comment un tweet a mis fin à l'histoire d'amour entre les Houston Rockets et la Chine. [SipaUsa / Icon Sport]

Une nouvelle preuve, s'il en fallait, qu'un simple tweet peut créer une crise diplomatique. Depuis le 7 octobre, une crise a éclaté entre la Chine et la NBA à la suite d'un tweet sur Hong Kong écrit par un dirigeant des Houston Rockets. Ce qui pourrait faire perdre des millions de dollars au basket américain.

Les faits

Tout est donc parti d'une phrase sur les réseaux sociaux. «Lutter pour la liberté. Soutien à Hong Kong», écrit sur son compte Twitter Daryl Morey, directeur général des Houston Rockets. La réponse de la Chine, très sensible sur la question de la contestation hongkongaise, ne s'est pas faite attendre. «Le manager du club de NBA des Houston Rockets a fait des remarques inappropriées sur Hong Kong. La Chine s'y oppose fermement et a décidé de suspendre toute coopération et échanges concernant la diffusion des rencontres du club en NBA», a ainsi déclaré un présentateur de la chaîne de télévision officielle chinoise CCTV. 

La Chine, Houston et la NBA, une longue histoire d'amour

Si l'affaire a si vite pris des proportions aussi importantes, c'est avant tout parce que les Houston Rockets ne sont pas une franchise comme les autres en Chine. C'est dans cette organisation que Yao Ming, plus grand joueur de l'histoire du pays, a fait toute sa carrière en NBA. Sous l'impulsion de ce joueur, introduit au Hall of Fame (le «Panthéon» de la NBA) en 2016, le basket américain et la franchise ont accédé à une immense popularité dans le pays asiatique. 

Voir un dirigeant des Rockets s'engager pour les manifestants hongkongais, qui demandent plus de libertés et moins de présence de Pékin dans les affaires politiques du pays, est donc vécu comme une trahison pour les fans et le pays. Des vidéos de supporters se débarrassant de leurs produits dérivés de la franchise ont d'ailleurs surgi sur les réseaux sociaux. 

Les excuses rapides et la sourde oreille de la Chine 

Face à la vague d'indignation chinoise, Daryl Morey a supprimé son tweet et s'est excusé : «Je n'avais pas l'intention d'offenser les fans des Rockets, ni mes amis en Chine. J'ai simplement voulu exprimer une pensée basée sur une interprétation d'une situation compliquée». La franchise et les joueurs de Houston ont également présenté leurs excuses, quand la NBA assure regretter un tweet aux «conséquences dramatiques», via des communiqués ou des interviews télévisées. 

Malgré cela, la Chine ne décolère pas, et outre la non-diffusion de matchs de présaison, un événement spécial prévu pour la venue des Brooklyn Nets dans le pays a été annulé. Des décisions radicales, prises au nom d'une certaine idée de la liberté d'expression. «Nous estimons que tout propos qui remet en cause la souveraineté nationale et la stabilité sociale n'entre pas dans le champ de la liberté d'expression», a indiqué CCTV.

Le suspense plane encore sur les deux rencontres prévues les 10 et 12 octobre à Shanghai entre les Brooklyn Nets et les Los Angeles Lakers. Adam Silver, président de la NBA, devrait faire le déplacement pour tenter de réconcilier la Chine et le basket américain.

Un marché à protéger

Voir les joueurs et la NBA accepter aussi facilement les demandes de la Chine ne plaît pas forcément aux fans et aux observateurs. Beaucoup dénoncent le fait que l'argent versé par le pays asiatique soit plus important que la lutte pour la démocratie enclenchée à Hong Kong depuis 4 mois. «Nous sommes meilleurs que cela. Les Droits de l'Homme ne devraient pas être à vendre, et la NBA ne devrait pas aider la censure de la Chine communiste», a ainsi déclaré Ted Cruz, le sénateur du Texas, État qui abrite les Rockets. «La seule chose pour laquelle la NBA devrait s'excuser est leur flagrante priorité des profits sur les droits humains. Quelle honte», tweete de son côté Beto O'Rourke, candidat démocrate à la présidentielle de 2020.

Face à ces accusations, Adam Silver, président de la ligue, est revenu sur ses premières déclarations, en assurant que «l’égalité, le respect et la liberté d’expression définissent depuis longtemps la NBA et continueront de le faire». Si cela peine à convaincre, il reste désormais à savoir si la situation avec la Chine sera désamorcée avant la reprise de la saison le 22 octobre prochain. Une obligation financière quand on sait que, la saison passée, 490 millions de Chinois ont regardé la NBA à la télévision. Un chiffre d'autant plus impressionnant que la seule population américaine s'élève à 327 millions d'âmes.

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