Pourquoi les Etats-Unis ont-ils tué le général iranien Qassem Soleimani ?

Selon le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, le général iranien Qassem Soleimani préparait une «action d'envergure», qui aurait «mis en danger des dizaines, voire des centaines, de vies américaines». Selon le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, le général iranien Qassem Soleimani préparait une «action d'envergure», qui aurait «mis en danger des dizaines, voire des centaines, de vies américaines».[HO / KHAMENEI.IR / AFP]

Un geste et des questions. L'annonce de la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, tué dans un raid américain en Irak, a plongé le monde dans l'inquiétude, sur fond de craintes d'une guerre entre Téhéran et Washington. Un acte belliqueux, ordonné par Donald Trump, qui apparaît comme une réponse aux opérations iraniennes en Irak visant les Américains, mais qui cache aussi sans doute une stratégie électorale.

La frappe américaine, qui a tué Qassem Soleimani ainsi qu'un autre dirigeant pro-iranien, intervient juste après des affrontements rapprochés entre l'Iran et les Etats-Unis en Irak, où Téhéran est très influent. Cela avait commencé par des tirs de roquette visant des intérêts américains en Irak le 27 décembre, imputés à une milice pro-Iran, qui avaient tué un civil contractuel américain. Tout ceci a «changé la donne», avait commenté par la suite le ministre américain de la Défense Mark Esper. «Nous sommes prêts à faire tout ce qui est nécessaire pour défendre notre personnel, nos intérêts et nos partenaires dans la région», avait-il ajouté.

En représailles, Washington avait mené deux jours plus tard des raids à la frontière irako-syrienne, tuant 25 combattants pro-Iran. Ces tensions avaient culminé le 31 décembre, avec la prise d'assaut par des milliers d'Irakiens, partisans de paramilitaires pro-iraniens, de l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad. Pour Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, cet événement a été l'élément déclencheur de la frappe américaine qui a ciblé Qassem Soleimani trois jours plus tard.

«Protéger le personnel américain à l'étranger»

«Donald Trump a dérogé à son programme électoral basé sur la prospérité et la paix, après voir vu les images, qui ont tourné en boucle à la télévision américaine, de l'attaque de l'ambassade à Bagdad, qui a ravivé chez les Américains le traumatisme de la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran en 1979», explique le politologue spécialiste des Etats-Unis. Le président américain avait quelques heures plus tard partagé un tweet en forme d'avertissement, prévenant qu'il allait faire payer le «prix fort» à Téhéran pour cette attaque.

Une menace mise à exécution dans la nuit de jeudi à vendredi, avec le bombardement de deux véhicules convoyant Qassem Soleimani, chef de la Force Qods des Gardiens de la révolution, chargée des opérations extérieures de la République islamique. Après la frappe, menée par un drone, Washington a expliqué avoir mené cette opération «pour protéger le personnel américain à l'étranger». Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a en effet affirmé sur CNN que Qassem Soleimani préparait une «action d'envergure» dans la région, qui aurait «mis en danger des dizaines, voire des centaines, de vies américaines». Un général iranien qui, selon Washington, était également derrière les tirs de roquettes du 27 décembre et l'attaque de l'ambassade américaine du 31.

L'élection présidentielle de novembre en point de mire

Mais cette opération est aussi à mettre en relation avec le contexte politique américain. Donald Trump est en pleine campagne pour sa réélection à la Maison Blanche. Nous ne sommes en effet plus qu'à dix mois de l'élection présidentielle américaine, qui aura lieu le 3 novembre prochain. Ainsi, pour Jean-Eric Branaa, ce raid américain est aussi et surtout une «opération de communication politique». «Donald Trump en appelle au patriotisme des Américains, qui ont tendance en cas d'attaque à se ranger rapidement derrière leur chef», analyse-t-il.

Preuve du caractère très politique de cette frappe, le milliardaire républicain, pourtant d'habitude prompt à tweeter, n'a pas donné l'information sur son compte personnel sur Twitter. Il a laissé la Maison Blanche et le Pentagone communiquer sur leurs propres canaux, et s'est contenté de publier sur le réseau social à l'oiseau bleu un drapeau américain, sans commentaire. Une façon de dire, selon Jean-Eric Branaa, «rangez-vous derrière moi».

Cette manœuvre, teintée de politique politicienne, le même Donald Trump l'avait pourtant fustigée à plusieurs reprises à l'époque où Barack Obama était président des Etats-Unis. En 2012, le magnat de l'immobilier avait notamment tweeté : «Ne laissez pas Obama jouer la carte de l'Iran pour débuter une guerre afin d'être réélu. Républicains, faites attention !»

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