L’agence de notation S&P Global Ratings a dégradé la note de la France ce vendredi 17 octobre, justifiant sa révision à la baisse par l’incertitude «élevée» sur les finances publiques, en dépit de la présentation, plus tôt dans la semaine, d’un budget pour 2026 par le Premier ministre.
Un avertissement au nouveau gouvernement de Sébastien Lecornu. Ce dernier, qui a présenté les grandes orientations du budget 2026 lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, mardi 14 octobre, a échappé de peu aux deux motions de censure du RN et de LFI.
Mais quelques jours plus tard, vendredi 17 octobre, S&P Global Ratings (anciennement Standard & Poors) a tout de même annoncé abaisser d’un cran sa note de la dette publique française à A+.
«Malgré la présentation cette semaine du projet de budget 2026, l’incertitude sur les finances publiques françaises demeure élevée», a indiqué l’une des plus grandes agences de notation, parmi les plus influentes avec Moody’s et Fitch.
Une dette de 121% du PIB envisagée pour 2028
En réaction à cette deuxième dégradation par S&P en un an et demi, le nouveau ministre de l’Economie, Roland Lescure, a dit «[prendre] acte» de cette décision.
«Le gouvernement confirme sa détermination à tenir l’objectif de déficit de 5,4% du PIB pour 2025», a ajouté le ministère dans un communiqué transmis à l’AFP. Selon S&P, si «cet objectif de déficit public de 5,4% du PIB en 2025 sera atteint, en l’absence de mesures supplémentaires significatives de réduction du déficit budgétaire, l’assainissement budgétaire sur son horizon de prévision sera plus lent que prévu».
L’agence de notation a également présagé que «la dette publique brute atteindra 121% du PIB en 2028, contre 112% du PIB à la fin de l’année 2024».
En conséquence, l’organisme a «abaissé [ses] notes souveraines non sollicitées de la France de AA-/A-1+ à A+/A-1». Ainsi, les perspectives sont stables.
«La plus grave instabilité politique de la Ve République»
«Pour 2026, le gouvernement a déposé mardi 14 octobre un projet de budget qui vise à accélérer la réduction du déficit public à 4,7% du PIB tout en préservant la croissance», a répondu le ministère de l’Economie.
«Il s’agit d’une étape clef qui nous permettra de respecter l’engagement de la France à ramener le déficit public sous 3% du PIB en 2029», a indiqué Bercy, précisant : «Il est désormais de la responsabilité collective du gouvernement et du Parlement de parvenir à l’adoption d’un budget qui s’inscrit dans ce cadre avant la fin de l’année 2025».
À peine entrée en fonctions, la nouvelle équipe de Sébastien Lecornu a échappé de peu à la censure jeudi 16 octobre, après une concession au Parti socialiste sur la réforme des retraites. Ainsi, ce gouvernement «de mission» va devoir composer avec une Assemblée nationale sans majorité lors de débats budgétaires qui s’annoncent houleux, alors même que le Premier ministre s’est engagé à ne pas recourir à l’article 49.3 pour imposer son texte.
Cette nouvelle dégradation de la note de la France par S&P intervient avant une décision de Moody’s attendue le 24 octobre prochain. Ces agences telles que Fitch, Moody’s et S&P Global Ratings classent la qualité de crédit des Etats - soit leur capacité à rembourser la dette - de AAA (la meilleure note) à D (défaut de paiement). Et les dégradations de note par les agences sont redoutées par les pays, car elles peuvent se traduire par un alourdissement de leurs intérêts.
La France au rang de l’Espagne, du Japon et de la Chine
Ceux payés par la France sont estimés à 55 milliards d’euros en 2025, alors que depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, en juin 2024, la dette française se négocie à un taux bien plus coûteux que la dette allemande. «La France traverse sa plus grave instabilité politique depuis la fondation de la Ve République, en 1958», a estimé S&P. «Depuis mai 2022, le président Emmanuel Macron a dû composer avec deux Parlements sans majorité claire et une fragmentation politique de plus en plus forte».
Pour l’agence de notation, «l’approche de l’élection présidentielle de 2027 jette un doute (…) sur la capacité réelle de la France à parvenir à son objectif de déficit budgétaire à 3% du PIB en 2029». En tombant en A+ chez S&P, la France se retrouve au niveau de l’Espagne, du Japon, du Portugal et de la Chine.