Qui sont les «Incels», qui font souffler un vent d'inquiétude sur la sortie du film «Joker» ?

Le 23 avril, un Incel, Alek Minassian, 25 ans, commettait un attentat à la voiture-bélier à Toronto (Canada), tuant dix piétons et en blessant une quinzaine d'autres. Le 23 avril, un Incel, Alek Minassian, 25 ans, commettait un attentat à la voiture-bélier à Toronto (Canada), tuant dix piétons et en blessant une quinzaine d'autres. [Cole Burston / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP]

Les «Incels» sont de retour dans l'actualité, avec la sortie en salles du film «Joker», le 4 octobre prochain aux Etats-Unis. L'armée américaine craint qu'un membre de ce mouvement, qui «idolâtre le personnage du Joker», commette une tuerie de masse à cette occasion. Ce ne serait pas la première, ce groupe d'hommes célibataires haïssant les femmes étant déjà tombé par le passé dans l'extrémisme.

Derrière le terme «Incel», qui peut paraître futuriste à première vue, se cache en réalité la contraction des mots «involuntary celibate», soit «célibataire involontaire» en français. Un mouvement créé sur Internet à la fin des années 1990, qui n'était à l'origine qu'un simple groupe d'entraide - créé par une femme - pour les personnes seules et privées de vie sexuelle, avant de mal tourner.

Les Incels se retrouvent désormais sur des forums comme 4chan et Reddit, des groupes de la messagerie Discord, ou encore sur le site Incels.me, interdit aux femmes et qui compte plus de 5.000 membres. Dans leurs discussions, les membres de cette communauté - pour la grande majorité des hommes hétérosexuels célibataires âgés de 18 à 35 ans - évacuent leur frustration en critiquant des femmes «diaboliques» et «menteuses», n'ayant que le physique comme seul critère de choix de partenaire et qui refusent de se mettre en couple avec eux.

Mais en plus de leur misogynie, certains messages dérapent totalement, appelant au viol des «femoid» (contraction de «femmes» et «humanoïdes»). Des propos qui avaient notamment conduit le forum Reddit à fermer en novembre 2017 sa sous-rubrique «Incels», qui réunissait 40.000 membres, pour «violation des règles d’utilisation».

de la frustration en ligne à la violence physique

Outre les femmes en général, ces hommes - ils seraient des dizaines de milliers - s'attaquent généralement à deux cibles : les «Stacys» et les «Chads». Ces noms leur servent à désigner de façon générique les personnes attirantes physiquement, à l'aise en société et ayant des vies amoureuse et sexuelle actives.

Une haine en ligne qui dépasse parfois le cadre d'Internet, et qui a dans ce cas-là des conséquences terribles. Le 23 avril dernier, un membre de cette communauté masculiniste, Alek Minassian, 25 ans, commettait un attentat à la voiture-bélier à Toronto (Canada), tuant dix piétons et en blessant une quinzaine d'autres, «majoritairement des femmes» selon les enquêteurs. Dans un message publié quelques heures avant sur Facebook, il avait déclaré : «La rébellion des Incels a déjà commencé.»

Sur sa page Facebook, Alek Minassian avait fait référence à un autre Incel tristement célèbre : Elliot Rodger. En 2014, à Isla Vista, en Californie, ce dernier avait tué six personnes et blessé quatorze autres au couteau, à l’arme à feu et avec une voiture-bélier, puis s'était suicidé. Avant de passer à l'acte, Elliot Rodger avait publié un message dans lequel il parlait de «l'injustice» et du «crime» que représentait le «rejet» dont il avait été victime par les femmes, qui n’avaient «jamais été attirées» par lui.

Un attentat dans un cinéma en 2012

Selon l'armée américaine, qui a récemment envoyé un mail interne à ses militaires, il existe un risque qu'un «extrémiste Incel» perpètre une tuerie de masse au cours d'une projection du film «Joker», dont le personnage principal est le clown violent de la saga Batman. «Ils admirent son image d'homme qui doit faire semblant être heureux, mais qui finalement riposte contre les persécutions», a-t-elle averti, se basant sur des renseignements fournis par le FBI faisant état de messages inquiétants publiés sur les réseaux sociaux.

Une menace qui peut paraître illusoire à première vue, mais qui a un précédent. En juillet 2012, James Holmes, déguisé en Joker, avait ouvert le feu lors d'une séance du film «The Dark Night Rises», de la saga Batman, dans un cinéma d'Aurora, dans le Colorado. L'homme de 24 ans avait tué douze personnes et en avait blessé 70 autres. Il avait été qualifié de «héros» par la communauté Incel.

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