Qui dit Halloween dit soirée dédiée aux films d'horreur. Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, le cinéma français a largement acquis ses lettres de noblesse dans le genre. Voici une sélection de cinq long-métrages bien de chez nous pour vous glacer le sang ce 31 octobre. Attention aux âmes sensibles.
Le Torture-porn : «Martyrs», de Pascal Laugier (2008)
Dans le cinéma de genre francophone, «Martyrs» a une place prépondérante. Le long-métrage choc de Pascal Laugier («Saint-Ange», «Ghostland») développe l'idée d'une secte torturant de jeunes femmes (voir petites filles) pour découvrir ce qu'il y a après la mort, dans l'au-delà. On y suit alors le parcours de Lucie qui, accompagnée de son amie Anna, retrouve et se venge des bourreaux qui l'ont marquée à vie, alors qu'elle n'avait que 10 ans.
Difficile de ranger «Martyrs» dans la seule case du torture-porn, un sous-genre de l'horreur mettant en scène des personnages victimes de violence extrême (la saga «Saw» ou «Hostel»). Dans son ouvrage «Mélancolie du chaos» (Rouge Profond), l'universitaire Frédéric Astruc décrit le long-métrage de Pascal Laugier comme une fiction d'horreur «totale» (torture porn, cyberpunk, rape and revenge, film de fantôme...).
À sa sortie, le film de Pascal Laugier a créé la polémique, échappant de peu à une interdiction aux moins de 18 ans en salles pour l'éprouvante brutalité de sa mise en scène. Et c'est peu dire si «Martyrs» bouscule, autant dans ses twists que par la violence physique et psychologique qu'il dépeint. Le spectateur est embarqué, à l'instar des protagonistes féminines, dans une spirale d'atrocités malsaines, transformant le visionnage en épreuve de force, réservé à un public très averti. Un grand film sensoriel, transcendé par des thèmes métaphysiques. Et l'occasion également de voir un tout jeune Xavier Dolan, âgé de 18 ans au moment du tournage.
Le film de Zombies : «La nuit a dévoré le monde», de Dominique Rocher
Quand les États-Unis avaient leur «saga des Morts-Vivants» signée George A. Romero, la France n'était pas en reste sur les zombies, avec des productions fauchées et nanardesques de la main de Jean Rollin, dont la plus célèbre reste sûrement «Le Lac des Morts-Vivants». Nous aurions également pu parler des oeuvres orientées cinéma bis comme «La Horde» de Yannick Dahan et Benjamin Rocher, également derrière le dyptique «Goal of the Dead», ou tout récemment du «Coupez !» de Michel Hazanavicius.
Derrière son superbe titre éponyme du roman qu'il adapte (écrit par Pit Agarmen, éditions Robert Laffont), «La Nuit a dévoré le monde» narre l'histoire de Sam, qui, après s'être endormi à une soirée organisée par son ex, se réveille dans un Paris délesté de sa population et remplacé par des zombies.
Bien loin des représentations américaines spectaculaires récentes (de «The Walking Dead» à «World War Z»), Dominique Rocher signe un premier film intimiste. À travers son héros résilié, le réalisateur décrit la solitude existentielle et les conséquences de l'apocalypse. Malgré un budget restreint, l'exercice reste très convaincant et émouvant, sans excès d'hémoglobine.
Le Classique : «Les yeux sans visage», de Georges Franju (1960)
Véritable monument du cinéma d'épouvante, «Les Yeux sans visage» narre l'histoire d'un chirurgien spécialisé dans les greffes de peau, tentant désespérement de redonner un visage à sa fille défigurée par un accident de voiture. Si ce long-métrage a marqué son époque, c'est pour le brio de sa mise en scène, jouant à merveille sur la suggestion plutôt que la surenchère d'effets. La photographie, usant du noir et blanc, sublime l'atmosphère austère du long-métrage, qui lorgne du côté du fantastique.
Film annonce restauré des YEUX SANS VISAGE. Sortie 2023 en partenariat avec Gaumont dans sa nouvelle restauration 4K.https://t.co/jv7rDvZy4k
— LE CHAT QUI FUME (@lechatquifume) October 15, 2022
«Les Yeux sans visage» reste un classique pour ses résonances encore notables aujourd'hui. Nombreux sont les grands cinéastes de genre à citer le chef d'oeuvre de Georges Franju en référence. C'est le cas de John Carpenter, qui explique que le masque blanc faisant office de visage au personnage de Christiane (Édith Scob, qui nous a quitté en 2019) l'a inspiré pour façonner celui de Michael Myers dans le tout aussi magistral «Halloween : La Nuit des masques». Pedro Almodóvar a aussi été grandement marqué par le film pour sa «Piel que habito», tant dans l'histoire que par l'esthétique. Le film aura droit à une ressortie en salles en 2023, pour une version restaurée en partenariat avec Gaumont et l'éditeur Le Chat qui fume.
Le slasher : «Maniac», de Frank Khalfoun (2012)
Au début des années 1980 débute l'âge d'or du slasher («taillader, trancher» en anglais) américain. Ce sous-genre du cinéma d'épouvante consiste à voir un psychopathe s'attaquer à un groupe de personnes, les tuant un par un. De nombreux classiques resteront dans la mémoire collective, tout comme leur tueur : Michael Myers dans les «Halloween», Freddy dans «Les Griffes de la Nuit» ou encore Jason dans les «Vendredi 13». En 1980 sort un slasher brutal sur les meurtres d'un homme scalpant ses victimes pour «reconstituer» sa mère abusive, «Maniac» par William Lustig. Un film d'horreur barbare, à la violence extrême pour l'époque, et interdit dans plusieurs pays.
L'idée d'un remake 30 ans plus tard émerge en France chez le désormais célèbre Alexandre Aja (lire ci-dessous), qui écrit et produit le film, tout en laissant la réalisation à son ami Franck Khalfoun. Si l'histoire reste la même, le film dispose d'une particularité esthétique : la quasi intégralité du long-métrage est filmée en vue subjective, du point de vue du tueur. Une idée brillante, transformant la vision de «Maniac» en expérience troublante. Le spectateur se met ainsi dans la peau du tueur, devient l'auditeur de ses états d'âme et semble être le complice de ses meurtres. Peut-être l'un des meilleurs remake de films d'horreur.
Le Survival : «Haute Tension», d'Alexandre Aja (2003)
Impossible de parler de films d'horreur français sans traiter le cas d'Alexandre Aja. Le fils du non moins célèbre Alexandre Arcady s'est très vite fait une place sur la scène internationale, en s'exportant outre-Atlantique pour «La Colline à des yeux», «Piranha 3D» ou «Crawl». Mais avant ce départ, Aja signe une merveille de survival («survie», tout est dans le terme) avec «Haute Tension». Marie (Cécile de France) et Alex (Maïwenn) campent deux étudiantes aux prises avec un meurtrier psychopathe, dans un déluge d'effets outrancièrement gores.
Alexandre Aja et son éternel comparse Grégory Levasseur (qui co-scénarise et produit la plupart de ses films) composent un grand film de frousse misant sur la violence graphique. C'est aussi un hommage aux cinéastes majeurs du sous-genre du survival : Tobe Hooper et son «Massacre à la Tronçonneuse», ou encore Wes Craven et sa «Colline à des yeux», dont Aja réalisera le remake une fois arrivée chez l'Oncle Sam, bouclant la boucle. «Haute Tension», c'est une tentative maîtrisée et percutante, assumant ses références pour accoucher d'un film ultraviolent et jouissif.
![Angelina Jolie dans le film «Maléfique : le pouvoir du mal». [© Walt Disney Company]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/capture_decran_2022-09-21_a_12.26.44_632aea637fb9a_0.png?itok=P3yRReb2)